—Il y a, certes, quelque chose là-dessous, mais quoi? et sur quelle piste se lancer? Mirbel se défie de nous et le semblant d'amitié qu'il nous témoigne ne nous a jamais fait illusion. Nous l'effrayons même un peu, je crois. Donc, agissons vite et, discrètement, fouillons sa vie; c'est le plus sûr moyen d'arriver au but. Ce que nous allons entreprendre là n'est ni avouable ni joli, mais Vous avant tout. Et d'abord, comme il m'a invité à dîner ce soir avec lui à Paris, j'irai, bien que j'aie refusé. Je vais rattraper habilement cela. Danans aussi peut nous servir, lui qui reste toujours à Paris. Toi, Biroy, tu ne perdras pas de vue le beau sire. Ma chère Princesse, soyez sans inquiétude: nous avons un mois devant nous; d'ici là, vous saurez à quoi vous en tenir.

Magda leur serra tendrement les mains:

—Merci, mes amis... si je ne vous avais pas, que serait ma vie?... Comme vous êtes dévoués et bons, comme je vous aime!

—En bloc! c'est ça le malheur, le point noir de mon horizon!... Bon!... vous souriez! ne me prendrez-vous donc jamais au sérieux?

C'était Jean Biroy qui parlait. Dans un désespoir comique, il saisit son paquet de pinceaux et les lança sur le sol, où ils s'éparpillèrent avec un bruit sec qui se mêla aux rires de tous.

Les nuages avaient disparu du front de leur Princesse; elle sortit avec eux de l'atelier. Après avoir parcouru quelques allées du parc, ils se divisèrent, les uns allant à la recherche de Mirbel et de Danans, les autres accompagnant Magda jusqu'à la maison.

IV

Sous le coup de sa préoccupation, madame Leprince-Mirbel ne songeait plus au souci qui l'avait effleurée à propos de Philippe. Quinze jours s'étaient passés depuis la visite d'Henry à la Luzière. Tanis y était peu venu, tout à sa poursuite du secret à découvrir.

Magda avait profité de l'absence de ses artistes pour inviter ses «gens du monde». Cette existence agitée et vide, forcément distrayante, l'obligea à quitter pour un temps sa manière de vivre «en dedans», de s'analyser, de s'étudier, comme il lui était habituel. C'était le dernier jour de mondanité à outrance, Tanis et Biroy ayant écrit qu'ils avaient découvert une piste, qu'ils allaient l'approfondir et que, dans deux ou trois jours, ils reviendraient à la Luzière reprendre leur bonne vie d'étude et de causerie.

Bien que presque chaque jour Philippe Montmaur passât la soirée avec Fugeret et ces dames, il n'eut plus l'occasion de se trouver en tête-à-tête avec Magda. Elle-même, dans l'énervement où la tenait cette recherche qu'elle avait ordonnée, ne prêtait plus grande attention aux sentiments qui faisaient agir le jeune homme et le dominaient.