—Vous n'avez pas le droit,—hurlait-il, dans un paroxysme de rage,—de soupçonner cette jeune fille... Elle est pure, je l'affirme... Mais prenez-y garde et veillez sur vous-même: si jamais je découvre la moindre faute dans votre vie, la moindre, entendez-vous? la moindre... Eh bien, je vous tue comme un chien, comme une bête malfaisante et hors nature que vous êtes! J'en ai assez d'être continuellement humilié et bafoué par vous! J'aspire à cette vengeance, je vous le jure!

Les regards fixes, pleins de folie, le visage congestionné, il s'avança la main levée sur Magda; elle jeta un cri et Mirbel sortit en faisant claquer la porte sans avoir accompli son acte de brutalité.

Magda, révolutionnée par cette horrible scène, en devint malade. Marie-Anne, émue comme elle, ne pouvait croire que Leprince-Mirbel fût l'homme grossier dont elle avait, de sa chambre, entendu les injures.

—Divorce, ma chérie, divorce. Certes, en principe, je ne suis pas pour ce mode de liberté reprise, mais devant la canaillerie de ce monsieur, tu n'as que cela à faire.

—Hélas! le puis-je? Tante Rose en mourrait, ce serait un déshonneur dans sa vie. Elle croit en Dieu avec son cœur. Jamais cette pensée de divorce ne pourra pénétrer en elle. Quand j'ai rompu avec mon mari, elle acceptait la séparation, la désirait même. Mais, en outre qu'il me répugne d'étaler devant un tribunal, avec pièces à l'appui, les plaies secrètes de mon âme, serait-ce une solution?... Qu'importent d'ailleurs les menaces de mon mari! ma vie est si pure, «quoi qu'on die»,—ajouta-t-elle en souriant,—qu'il peut me menacer sans que je songe à trembler. Va, tout passe, et nous passons comme tout... Vivons au jour le jour, sans nous tourmenter d'un avenir qui nous appartient si peu.

Plus impressionnée qu'elle ne l'avouait, elle s'isola quelques jours dans sa chambre. Marie-Anne lui fit alors hâter son départ pour Royat.

Un des premiers jours de juillet, Magdeleine, encore mélancolique, partit avec ses amis Tanis et Fugeret, ayant à peine revu Philippe qui, navré de la savoir souffrante, activait lui-même le départ de son amie en faisant ses courses à Paris, pour les préparatifs du voyage.

A peine installée au Grand-Hôtel, Magdeleine se mit à courir les merveilleux environs de la gentille ville accrochée aux flancs de la montagne. Il y avait huit jours qu'elle prenait les eaux et en ressentait déjà l'effet bienfaisant, lorsque Marie-Anne Danans vint habiter sa propriété de Fontana.

Attiré par la présence de Fugeret, de Tanis et de Governeur, celui-ci arrivé la veille, Danans avait consenti à venir y demeurer le mois que durerait la cure de Magda. Dès le matin, il se rendait à Royat à cheval et ne quittait plus les trois hommes. Sans en rien dire, Marie-Anne souffrait de la constante désertion de son mari. Cette souffrance fut devinée par Magda; un jour, elle lui dit:

—Écoute, chérie, je fais presque tout mon traitement le matin, à l'exception d'un verre d'eau que je dois boire dans l'après-midi. Le séjour à l'hôtel, bien que je m'isole de la foule et que nous dînions tous dans une salle réservée, m'excède et m'ennuie. Peux-tu me recevoir chez toi et y loger aussi ces messieurs? Alors nous bouclons nos malles et l'invasion de ton home a lieu dès demain, si tu veux? Pourvu qu'une de tes voitures puisse me mener aux sources le matin, je te sacrifie le verre d'eau de l'après-midi.