Sur ces entrefaites, un matin, au déjeuner, madame Danans annonça l'arrivée de madame Montmaur, de Philippe, ainsi que de madame de Nérans et de sa jeune fille Christiane. Elle s'excusa auprès de ses hôtes de la venue de ces deux dames qui allait rompre fatalement le grand charme de leur intimité. «Mais, leur dit-elle, je ne savais pas que vous viendriez à Fontana et comme chaque année je reçois ces anciennes amies de ma famille, il m'eût été bien difficile de reprendre mon invitation.»

Les excuses de l'aimable femme firent sourire ses amis. Ils convinrent que chacun à tour de rôle se dévouerait pour tenir compagnie à madame Montmaur. Quant à madame de Nérans, sympathique à tous, son séjour à Fontana avec sa fille, radieuse dans ses quinze ans, était plutôt un élément de joie. Il fut décidé que le jour où l'on se sentirait las de sagesse, on en appellerait au dévouement de madame de Nérans en la préposant d'office à la garde de la sévère madame Montmaur, tandis que les autres se réuniraient en cachette, dans le petit salon attenant à la chambre de Magda, pour faire des débauches de sophismes et d'analyse.

Madame Danans alla seule au-devant des voyageurs à la gare de Clermont. Magdeleine, en entendant de sa chambre la voiture s'arrêter devant le perron, se hâta de descendre. Elle trouva madame Montmaur froide envers elle, mais Philippe lui sembla étrangement ému.

—Vous êtes encore pâle, madame; votre traitement vous fatigue peut-être? interrogea-t-il en la voyant.

—Non, je me porte merveilleusement, au contraire. Je suis un peu de la nature de ces femmes qui ont un corps de fer dans une enveloppe d'apparence délicate: fausse malade, fausse maigre, fausse belle! Je suis le roseau de La Fontaine, flexible et résistant. Ces eaux de Royat sont exquises, d'ailleurs; vous verrez quelle joie c'est que le bain...

Mais subitement elle s'arrêta, envahie d'une subtile pudeur, n'osant révéler les sensations délicates que lui procurait le bain. Ne serait-ce pas éveiller l'image de sa nudité que de parler de cette eau qui court et bouillonne autour de son corps, le rend tout rose à fleur d'épiderme, et le recouvre de perles translucides comme celles dont le champagne constelle les grains de raisin plongés dans une coupe?

Elle dit donc:

—Ce traitement est si délicieux, si réconfortant que je me sens une force à soulever des montagnes.

Tous sourirent de cette présomption et ils projetèrent une excursion pour le lendemain, jusqu'au sommet du Puy de Dôme.

Jamais, en effet, Magda n'avait eu tant de vigueur. Elle s'était remise à jouer au tennis avec une ardeur étonnante. Elle semblait redevenir jeune fille et son visage reprenait des rondeurs enfantines.