—Mon Dieu, maman, ne vous perdez pas dans le fâcheux dédale des égards qu'on vous doit! Je vous demande une chose simple, accordez-la-moi simplement et tout sera dit.

—En vérité, cette femme vous a déjà transformé; autrefois vous n'eussiez pas osé me parler ainsi.

—Ma mère, cette femme est mon amie. Je ne saurais souffrir que vous la traitiez avec insolence.

—Vous qualifiez d'insolence le recul d'une honnête femme devant une...

—Ma mère!

—Eh! êtes-vous le seul qui ignoriez sa vie? madame Mirbel fait parler d'elle, elle a des...

—Taisez-vous, ma mère, taisez-vous!

Il s'était dressé si pâle, qu'effrayée elle se tut. Il reprit, animé d'une sourde colère, en marchant, furieux, à travers la chambre:

—Madame Mirbel est une honnête femme, je vous l'affirme et cette affirmation doit vous suffire. Pourquoi lui faire un crime de ce que je l'aime?... oui, je l'avoue, je l'aime au point de lui sacrifier ma vie... La chère créature ne s'en doute même pas... Jamais, vous entendez, jamais je ne lui ai parlé de mon trouble, de mes souffrances, prévoyant trop bien qu'elle rejetterait mon amour. Ma mère, sachez-le, puisque, avec l'impudeur hardie des mères, vous n'avez pas su feindre d'ignorer: une passion comme la mienne veut à tout prix sa liberté. Si vous ne vous sentez pas la force d'être indifférente envers madame Mirbel,—notez que je ne vous demande que de l'indifférence—vous me perdrez à jamais. Rien au monde ne me retiendra auprès de vous.

—Plaisante menace! que deviendriez-vous sans moi?