Magda triomphait en lui, il était son œuvre d'amour. Mais le succès de son ami devint pour elle une source de douleur. Philippe, recherché, attiré, courtisé, lui appartenait moins. Pour le voir plus souvent, elle alla dans le monde. Presque chaque jour, le jeune homme arrivait chez elle, le soir, vers dix heures, causait, prenait le thé, la quittait, puis la rejoignait soit en soirée, soit au bal. Ces minutes, pendant lesquelles Magda le contemplait éprise de tout lui, le trouvait beau, le sentant bien à elle, la ravissaient.

Une nuit qu'en toilette pour le bal ils attendaient l'heure de se quitter et l'heure de se rejoindre, Magda eut une joie délirante en entendant Philippe dire:

—Que vous êtes belle, ce soir! Je ne veux pas que d'autres vous voient... si nous n'allions pas à cette fête?

Afin de ne pas laisser voir son bonheur elle répondit coquettement:

—Pourquoi? si je suis belle, c'est l'instant de me montrer. Partons vite au contraire.

—Non, je vous veux à moi seul, pour moi seul. Allons là-bas, dites, Magda?

Elle fit quelques faibles objections, car elle avait l'art de se faire désirer toujours, de ne pas saisir le caprice au vol afin qu'il devînt plus qu'un caprice, mais ce fut juste le temps voulu pour donner à leur escapade le charme d'un plaisir ardemment attendu.

S'enveloppant de sa longue pelisse doublée de chinchilla, elle la serra frileusement contre elle, et sembla toute juvénile et délicatement mince dans les reflets pâles et chatoyants de cette sortie de bal. Le trajet, dans le coupé de cercle de Philippe, lui parut un enchantement; il l'avait prise dans ses bras et la tenait blottie sur son cœur.

Ces recrudescences de tendresse plongeaient Magda plus avant dans ses illusions, qu'elle maintenait contre tous les sages conseils de sa raison. Elle avait alors quarante-six ans. Bien qu'en réalité elle ne parût pas son âge, elle était trop intelligente pour ne pas voir toutes les imperceptibles flétrissures qui, lentement, la faisaient vieille.

A trente-quatre ans, un homme est superbement jeune. La différence d'âge entre Philippe et elle s'accentuait et lui devenait terrible à supporter. Un jour, tante Rose ayant à lui parler entra chez elle au moment où, aidée de sa femme de chambre, elle achevait les infinis soins de toilette qu'elle avait coutume de prendre.