Cette fois, Magda reconnut la voix de Philippe. Ils se reposaient un moment lui et sa danseuse, avant de se mêler aux autres couples. Magda prêta involontairement l'oreille et entendit la jeune fille demander:

—Cette disparition ne vous inquiète pas plus, monsieur?

—Pourquoi m'inquièterait-elle, mademoiselle?

—Je ne sais pas, moi... mes amies d'Istres m'ont dit que vous étiez un grand ami de cette dame.

—Oui, un grand ami bien humble parmi tous les grands amis qui l'entourent.

—Bien humble, mais bien cher... les d'Istres m'ont encore dit qu'elle vous aime beaucoup... oh! comme un fils, par exemple, ajouta-t-elle en voyant l'imperceptible mouvement qu'avait fait malgré lui Philippe, car elle est bien plus âgée que vous, n'est-ce pas?

—A peine de quelques années, mademoiselle...

—Ah?... je la croyais plus vieille... on dit qu'elle est très séduisante, qu'elle a beaucoup de charme; les femmes ne l'aiment pas, vous savez, parce que les hommes chantent ses louanges... Moi, je la trouve très bien... oh! on sent qu'elle lutte... Ainsi, les dentelles, le tulle dont elle s'enveloppe toujours, sont d'un art!... c'est drôle que presque tous les jeunes hommes aiment les vieilles femmes!

—Les hommes, mademoiselle, n'aiment pas la «vieille femme» en aimant madame Leprince-Mirbel; ils aiment un esprit élevé, un cœur, une âme, au-dessus de tous et de toutes, un être doué d'une intelligence si supérieure que je renonce à vous la dépeindre, votre jeunesse un peu... inexpérimentée ne saurait me comprendre.

—Vous me croyez donc bien sotte, monsieur?