—Sotte, que non pas! quoique la sottise soit, à tout prendre, meilleure à rencontrer que la malveillance.

—Vous me trouvez méchante, alors?

—Mon Dieu, mademoiselle, puisque vous m'avez fait l'honneur de me confier vos petites appréciations, je veux bien vous dire que je ne vous trouve ni méchante ni... rien enfin, seulement jeune... très jeune. La jeunesse devrait être naïve et bonne... la vôtre est peut-être un peu avancée pour son âge. Méditez ceci, mademoiselle: il faut être une grande personne très experte pour jouer impunément avec le feu... car il brûle.

Sa voix avait pris un ton dur; ils s'éloignèrent.

Magda se leva et ayant, d'une main un peu tremblante, écarté légèrement la tenture, vit Philippe reconduire la jeune fille à sa place. La pauvrette paraissait toute confuse; c'est à peine si elle répondit au profond salut que lui fit son danseur en la quittant.

Tout ce que le monde cache de haine sourde, de jalousie basse, de méchanceté hypocrite, surgissait tout à coup aux yeux de Magda. Ainsi flagellée par les propos de cette enfant, certainement inconsciente du mal qu'elle venait de faire, la pauvre femme, le cœur défaillant, aurait voulu fuir; elle avait chaud et des frissons la secouaient.

La misère de sa vie lui apparut. Aimer et vieillir, n'est-ce pas un supplice toujours renaissant? elle sentait qu'il lui fallait se détacher de cette pensée pour éviter la fatigue et la ruine complète de son corps, et, par une coïncidence douloureuse, tout l'y ramenait dès qu'elle tentait d'y échapper.

Rentrée dans son hôtel, elle passa la nuit à remuer ces tristesses et ne put s'endormir qu'à l'aide de l'éther. Avant que le sommeil vînt, dans la demi-hallucination de cette subtile ivresse qui donne la conception de problèmes facilement résolus, elle se demanda pourquoi elle persistait à aimer. Puisque son corps se flétrissait, il fallait s'en dépouiller, ne le compter pour rien, ne donner à Philippe que la pureté d'une tendresse d'âme. Rien ne la ferait plus souffrir alors. Philippe serait vraiment et chastement la joie de sa vie. Elle s'endormit ayant pris la résolution de se conformer à cette ligne de conduite.

Le matin au réveil, elle retrouva une à une ses pensées de la nuit et fut étonnée du calme relatif où elles la laissaient. Oui, elle se détacherait de Philippe, ne voulant pas qu'il la précédât dans ce renoncement. Cette jeune fille, en critiquant son âge, lui avait donné la peur horrible d'un dégoût possible venant de son amant. Ne lui faudrait-il pas, tôt ou tard, renoncer à ses caresses? Il était donc de toute habileté d'aller au-devant de cette phase et, avec toute la grâce, toutes les séductions encore en son pouvoir, de transformer leur amour en amitié.

Cela lui déchirait le cœur, mais cette abnégation étant la seule manière de conserver Philippe, Magdeleine s'y résolut.