—Philippe... Philippe... mon Philippe!

Elle se leva, entra dans la chambre, voulut revoir et toucher son peignoir de soie blanche, remplacé souvent, mais toujours refait semblable au premier. En ouvrant l'armoire où elle avait coutume de le prendre elle ne le trouva pas; inquiète de cette disparition, elle chercha dans le cabinet de toilette et l'y découvrit, affalé sur une chaise. Le vêtement avait l'aspect vide, mort. Magda le ramassa et, soigneusement, s'apprêtait à le remettre en place lorsqu'elle aperçut un long bout de point de Venise, arraché. Elle chercha dans sa mémoire la dernière fois qu'elle l'avait porté, ne se souvenant pas de l'avoir déchiré jamais; cela d'ailleurs remontait si loin qu'une vague tristesse l'envahit. Hâtivement elle rangea la robe. Sa joie faite de souvenirs, et si douce tout à l'heure, s'évanouit. Elle voulut secouer cette mélancolie et retourna au salon. Elle allait ouvrir le piano quand elle aperçut une feuille de papier; elle la prit, la tourna machinalement entre ses doigts et y découvrit une petite étiquette bleue, glacée, avec en lettres d'or le nom d'un fleuriste à la mode.

Des fleurs avaient été apportées là, non pour elle! Comme elle froissait le papier un pétale de rose tomba, encore frais, à ses pieds.

Un grand frisson la secoua toute; cette fois elle atteignait au paroxysme de la douleur.

Nettement, son cerveau reconstitua ce qui s'était passé: une autre était venue... Peut-être même la veille au soir, quand, anxieuse, elle attendait Philippe à l'Opéra... On avait profané sa robe, cette blancheur nuptiale qu'elle ne revoyait jamais sans une sensation fine de bonheur caché. Et Philippe avait permis ces choses!... il avait pu voir une femme vêtue de sa robe à elle?...

Ah! l'horrible fin de tout!

Qu'il la trompât, elle y était résignée. Depuis longtemps déjà, elle étouffait dans son cœur toute jalousie basse... mais cela, mais cela?... Un grand dégoût la prit; pas une larme ne coulait de ses yeux; on l'eût tuée sur place plutôt que de la faire se lever du fauteuil où elle était clouée, comme paralysée par la douleur.

Une sueur froide perla sur son front, elle s'évanouit.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Lorsque Magda revint à soi, elle ne sentit plus qu'une grande lassitude et un besoin de s'enfuir; elle eut pourtant le courage d'ouvrir le petit meuble où les fleurs de sa première nuit d'amour avaient été pieusement enfermées par Philippe. Quelles profanations avaient-elles subies aussi?... Non, on les avait sans doute oubliées, elles étaient encore là, jaunies, séchées par le temps. Magda voulut les reprendre, elles se cassèrent, s'effritèrent entre ses doigts avec un bruit sec. La pauvre femme eut un sourire amer et dit: «Vous me ressemblez, pauvres fleurs vieilles et flétries!»