Elle se leva. Le domestique, derrière elle, éloigna sa chaise; elle suivit avec intérêt ce lent mouvement, et pensa:

«Je ne m'assiérai plus à cette table.»

En se retournant, ses yeux surprirent le regard inquiet du vieux serviteur. Magda voulut qu'il conservât le souvenir d'une dernière bonne parole, et dit:

—Merci, mon bon François, merci.

Sa voix, qu'elle réentendait depuis des heures de silence et d'angoisse, lui parut changée, douce, basse et pourtant si bourdonnante, que ses oreilles furent remplies d'une sonorité inaccoutumée. Le silence lui sembla ensuite plus profond. Le domestique, inquiet de la voir si triste, si absorbée, hocha lentement la tête tandis qu'elle passait devant lui.

Magda remonta dans sa chambre. Neuf heures sonnèrent... Comme le temps lui paraissait long! Elle rangea autour d'elle; puis, ayant défait son lit dans un désordre voulu, elle s'y jeta tout habillée, le cœur brisé d'émoi, fascinée, étourdie par cette pensée: «Je vais mourir.»

Songeant tout à coup qu'il fallait se préparer à cette mort et donner quelque vraisemblance au prétexte dont elle s'était servi en écrivant à son mari, elle passa dans son cabinet de toilette, se dévêtit, plia ses vêtements, s'enveloppa d'un peignoir de nuit en batiste si fine que sa chair apparaissait en transparence; puis, ayant déroulé ses cheveux, cette dernière beauté de la femme, elle se dirigea vers la glace, et, après les avoir brossés et parfumés, s'armant de ciseaux, elle les empoigna près de la nuque et commença de les couper.

L'acier mordait mal l'épaisse torsade; Magda s'acharnait. Le bruit soyeux que les cheveux rendaient, cédant à la morsure des ciseaux, se rythmait sous l'effort de ses doigts. Enfin, la masse lui resta dans la main et, au dernier coup de ciseau, s'épanouit en gerbe d'or et la recouvrit sous une torsion qui sembla le spasme de mort de sa belle chevelure.

Magda dit:

«Je commence à mourir.»