L'EAU
Non, je reviens de mon idée, qu'en dépit de Newton et d'Herschell, un changement a eu lieu dans notre système du monde. Mon barbier me l'avait presque persuadé. La commère de Halley, avait-il dit au moins dix fois, n'a pas été loyale,—et lorsque les hivers s'adoucirent, et qu'il fit plus froid en Italie que chez nous; lorsque les mois de mai amenèrent un temps de novembre; lorsque le samedi avant Pâques (et Pâques tombait tard cette année-là), on cueillait trois violettes au bord de la chaussée,—alors je commençai à ajouter foi à l'homme à la longue redingote bleue et aux boucles d'oreilles en argent, qui avait toujours à raser et à jaser, et je lui dis:—C'est la commère de Halley qui l'aura fait.
Mais maintenant les choses semblent s'être rétablies sur l'ancien pied, et s'il est vraisemblable que nous avons fait un pas de côté, nous sommes certainement rentrés dans la voie ordinaire, nous nous retrouvons chez nous. L'hiver règne de nouveau en janvier. Ma grand'mère était fière de l'hiver de 95, alors qu'il n'y avait pas encore de poêle, et; m'enorgueillis du froid de 1830, lorsque de quarante petits garçons, sept seulement revinrent de l'école, dont j'étais un; et l'éloge que cela me valut de la part du maître s'adressa à un nez gelé, pour ne pas parler de la carte d'application et de zèle que je reçus, parce que mes mains étaient beaucoup trop rouges et trop froides pour faire une belle écriture moyenne, au-dessus et entre la ligne, avec de belles liaisons et sans grossir les traits. Hélas! je n'ai jamais été loin en écriture, et c'est pour cela que je fais imprimer aujourd'hui!
J'aime une vue d'hiver. Tous les peintres de paysage commencent par des vues d'hiver, d'où il résulte qu'une vue d'hiver est une chose facile et simple. Il y a dans la sobriété de la nature pendant les mois froids quelque chose d'attrayant, de solennel, de calme et d'élevé. Si ces vitres gelées voulaient bien le permettre, quelle vue étendue j'aurais! Vraiment, c'est beau! Un air serein, bleu, toute clarté, comme si le soleil voulait compenser ce qu'il donne de moins en chaleur. Un magnifique jour du Nord,
Un rejeton du soleil en robe de neige.
Mais la neige est peu de chose encore. Comme elle repose gracieusement en couche légère sur les branches toujours vertes des sapins! Tous les autres arbres l'ont secouée; mais la longue allée de hêtres, avec sa ligne de branchage a perte de vue, produit aussi une certaine impression. Et le lointain horizon, comme il est distinct! comme ce toit de roseau se détache nettement sur le ciel d'azur!... mais il y a une chose qui gâte pour mon âme toute la beauté de ce tableau d'hiver... C'est... dois-je le dire? c'est la glace!
Un beau jour du Nord, froid et serein, a donné à l'homme la conscience de sa force, et le fait jouir avec volupté du sentiment qu'il a de sa santé. Le froid donne un noble courage; il fortifie l'âme comme les muscles. On sait aussi quels hommes et quels principes le Nord a produits; quelles saines, pures et sereines idées sont sorties du Nord glacé; quelles nobles forces le rude Nord a déployées; quels géants habitués à sentir les flocons dans leur barbe et le cliquetis de la grêle sur leur cuirasse,
Avec des faits dans les poings,
sont sortis du Nord au sol durci par la gelée! C'est pour cela que j'honore le froid, le vent pur et sain, la neige éclatante d'une blancheur sans tache,—mais la glace! oh! permettez-moi de la haïr!