L'enfant fit un signe affirmatif.
—Et où est Veldzicht?
L'enfant ne dit rien.
Monsieur Bruis se fâcha non pas tant contre l'enfant que contre l'introuvable et mystérieux Veldzicht.
—Ne le savez-vous pas? demanda-t-il d'un ton beaucoup plus haut.
L'enfant laissa tomber la citrouille et les pelures de pommes de terre, se mit à jeter les hauts cris et se sauva dans le jardin.
Monsieur Bruis poussa un soupir. L'allée de maître Joris semblait très-longue et les portes de jardin étaient nombreuses, Il y lut toutes sortes de noms, des noms prétentieux et ronflants, tels que Schoonoord, Welgelegen, Bloemenhof, Vrengderyk[5]; des noms indiquant le contentement et le repos, tels que: Myngenvegen, Weltevreden, Buitenrust[6]; des noms naïfs tels que: Nooit Gedecht, Klein maer Rein, Hierna Beter[7], et aussi une quantité de noms géographiques comme: Naby, Bystad, Zuiderhof[8] et de noms optiques comme Vaartzicht, Weizicht, Landzicht, Veezicht, Veelzicht[9]; ce dernier ressemblait à distance à Veldzicht[10], mais ce n'était pourtant pas cela.
Enfin il se trouva deux portes sur lesquelles on ne lisait rien que Q. 4 n° 33 et Q. 4 n° 34. L'une des deux pouvait être Veldzicht. Quelque exaspéré et impatient qu'il fût, monsieur Bruis était cependant modeste. Il passa donc outre du numéro 33 pour ne pas prendre la première propriété, qui était la plus belle, pour Veldzicht, et frappa au numéro 34.
Après qu'il eut un peu attendu, il lui fut ouvert par une dame longue, majestueuse, raide comme une image, en robe de deuil, un fichu de poils de chameau blanc sur les épaules, la tête couverte d'un chapeau noir rabattu sur le nez à cause du soleil, ayant des lunettes vertes, une légère apparence de moustaches sur la lèvre supérieure et un livre à la main.
—Est-ce ici Veldzicht, madame? demanda monsieur Bruis. Pourquoi ne s'apercevait-il pas que ce n'était pas une dame?