La physionomie de Madame attesta qu'elle ne s'en souvenait nullement. Madame Deluw, disons-le, était une dame très-prude.
—Offrirai-je à Monsieur une tasse de thé? dit-elle en allant à une armoire que la sécheresse empêchait de se bien fermer et de laquelle elle tira une tasse à fleurs et une soucoupe.
Monsieur Bruis eût donné tout au monde pour un verre de bière ou de vin coupé d'eau; mais il se vit condamné, tout harassé et tout échauffé qu'il fût, à prendre du thé dans un pavillon dont l'atmosphère était étouffante. Il faut dire que les femmes n'admettent pas qu'on puisse trouver de tout dans un jardin, et puis n'est-ce pas le propre d'un jardin à thé[2] qu'on n'y trouve que du thé?
M. Bruis approcha donc ses lèvres brûlantes d'une tasse de thé plus brûlant encore.
—Puis-je demander un peu de lait? dit-il.
Le docteur Deluw s'apercevait bien que son ami d'université eût préféré quelque chose de froid et lui fit mille excuses sur cette mauvaise réception, dans un pavillon où il ne venait que de temps en temps pour faire plaisir aux enfants.
—Il est fâcheux qu'il n'y ait pas de cave ici! ajouta-t-il.
—Il y a un trou à tourbe! cria à tue-tête l'insolent gamin du lieu même qu'il nommait.
—Le polisson! dit la mère avec un léger sourire.
—Monsieur a-t-il d'autres connaissances à ... demanda madame Deluw à M. Bruis, en nommant la ville que je n'ai pas encore nommée.