—Vous n'êtes pas loin de la sonnette, dit cette dernière; sonnez, je vous prie, pour demander de la lumière,
La cousine obéit, et je ressentis un vif désir de voir paraître la lampe. La lumière entra bientôt, et j'aperçus une jeune fille de l'âge d'Henriette peut-être, mais moins formée qu'elle. Sa taille charmante, dessinée par une très-simple robe d'étoffe d'hiver, se dégageait des plis d'un manteau de drap brun; un col gaufré entourait modestement son cou d'une extrême blancheur, et lorsqu'elle ôta son chapeau de castor dépourvu de tout ornement, je vis apparaître un visage de l'expression la plus douce et la plus aimable et encadré d'opulentes boucles de cheveux blonds. Elle rougit à l'aspect inattendu d'une personne de plus qu'elle ne s'y attendait. Je m'empressai pour la débarrasser de son chapeau et de son manteau, comme aussi du manchon en compagnie duquel elle avait été annoncée. Elle rougit davantage encore de cette prévenance et se refusa absolument à ce que je lui rendisse ce léger service.
Henriette prit en main le manchon. Ce n'était pas un manchon ordinaire, un manchon à la mode, de martre ou de chinchilla doublé de soie bleu de ciel ou rouge cerise, et à peine assez grand pour contenir deux petites mains, un mouchoir de poche, un flacon d'essence et un carnet à visites; non, c'était un de ces gros et chauds manchons, velus, de forme antique, faits d'une bonne peau de renard à longs poils et auxquels se rattachait une garniture de cou de même, que nos grand'mères mettaient au-dessus de leur mouchoir pour aller à l'église, et avec lesquels nous voyons encore apparaître de temps en temps quelque vieille cuisinière, et qui portent le nom de sabel[1].
—Quel délicieux manchon! dit Henriette en en frottant les poils rudes contre ses belles joues; mais comment se fait-il que vous ayez un manchon, Sara?
—C'est une vieillerie, dit Sara en souriant doucement; les enfants s'en sont bien amusés aussi. Il vient encore de ma grand'mère et je ne le porte que le soir, cousine Henriette. Comment se porte mon cousin?
—Papa va très-bien, répondit la belle Henriette. Et comme pour prouver la vérité de cette assertion, monsieur Kegge lui-même entra, prit adroitement Sara par la taille et lui donna un retentissant baiser.
—Très-bien, Sara, s'écria-t-il, c'est bien à toi! Viens-tu nous faire les honneurs du thé? Que dis-tu de ce monsieur qui est venu nous voir? Prends garde à toi, sais-tu, c'est un conquérant de jeunes filles.
Ce sont là, de ces plaisanteries auxquelles celui qui en est la victime ne peut guère répondre que par un sourire contraint.
—Et qu'ai-je entendu parler de ton manchon? Rob dit que tu as un manchon. Laisse-moi le voir. Cela vient encore de ta mère, Sara! Ma chère enfant, je yeux tourner en citron si cela ne ressemble tout à fait au poil de sanglier. À la saint Nicolas tu recevras de moi un meilleur manchon que cela.
—Non, non, cousin Kegge, je vous remercie, dit la jeune, fille embarrassée; aussi bien ne le porterais-je que le soir.