—Nom non, dit-il, en sanglotant et en frottant circulairement la main sur sa poitrine, comme s'il y cherchait encore de l'argent; non, l'argent ne peut m'être rendu; c'est une loi aussi vieille que la maison, et la maison est si vieille ... aussi vieille que le monde.
—Cela est un peu fort, Keesjen, dis-je, et si...
Il ne me laissa pas continuer:
—Comment, fort! Cela n'est pas fort du tout, Monsieur! n'y a-t-il donc pas toujours eu de pauvres diables comme moi qui entraient à l'hospice, qui mangeaient et buvaient, avaient lit et gîte, et devaient cire enterrés aux frais de l'hospice?... Mais moi, je voulais être enterré avec mon propre argent,—je voulais être sûr que je serais enterré avec mon argent à moi ... c'était là ma plus grande consolation, et c'est pour cela que je le portais sur mon cœur... Oh! si Klaas avait su qu'il me faisait mourir!
—Ecoutez, Keesjen, dis-je, vous aurez votre argent, je vous le promets: j'en parlerai à mon oncle; sans doute il connaît les directeurs; nous verrons s'ils ne consentiront pas à passer par-dessus la loi pour un vieux» brave et excellent homme comme vous. Comptez-y, Kees, ou vous rendra votre argent...
—On me le rendra? dit le pauvre homme, encouragé par le ton positif de mes paroles... Bien vrai?
Il essuya ses yeux et, le visage radieux, il me tendit la main,—et sentant le besoin de me dire à son tour quelque chose qui me fût agréable, il me demanda:
—Est-ce que je graisse vos bottes assez bien, Monsieur?
—Supérieurement! dis-je.
—Et votre redingote est-elle assez bien brossée? demanda-t-il encore; si quelque chose y manque, Monsieur n'a qu'à le dire.