—Ah çà, dit Stastok à Dorbeen, il faut faire en sorte que votre dame nous déclame quelque chose.
—Seigneur mon temps! il faudra nous déclamer quelque chose tout à l'heure, madame! dit ma tante, avec quelque inquiétude, et en appuyant sur la réserve tout à l'heure avec toute la force que pouvaient permettre les convenances.
—Oh! je vous en prie, madame, dit Keesjen, avec un charmant regard.
—Eh oui! dit Mietjen aux yeux de veau.
—Une faut pas trop presser madame, dit ma tante.
—Non! dit madame Dorbeen en pâlissant un peu. Puisqu'il le faut, il le faut. Que voulez-vous avoir? Je vais vous dire le Rhin.
Et saisissant ses ciseaux pour les ouvrir au commencement de chaque vers et les fermer à la chute de la césure, elle commença d'une voix un peu enrouée par l'émotion, mais qui s'éclaircissait de plus en plus:
Les aquilons glacés, faisant trêve aux orages,
Se reposent enfin; le zéphir tiédit l'air,
Et le vieux Rhin déroule, entre ses verts rivages,
Ses flots débarrassés des chaînes de l'hiver...
Arrivée là, madame Dorbeen porta son mouchoir de poche à sa bouche et eut un violent accès de toux. Elle recommença tout à fait dans le même ton, mais cette fois encore elle ne dépassa pas les chaînes de l'hiver. Madame Van Naslaan comprit qu'il y avait autre chose sous l'accès de toux.
Madame Dorbeen devint aussi rouge que les rubans de son bonnet, regarda fixement la lampe et répéta encore une fois comme pour se remettre en train: