Madame Dorbeen sourit d'un air approbateur.
Quelquefois nous parlons, en remuant la flamme,
De patrie et de Dieu, des poêles, de l'âme
Qui s'élève en priant;
Monsieur Van Naslaan fit un signe de tête en homme très-entendu.
L'enfant paraît, adieu le ciel et la patrie,
Et les poêles saints! la grave causerie
S'arrête en souriant.
Cela est tout à lait joli! dit mon excellente tante à demi-voix.
La nuit, quand l'homme dort, quand l'esprit rêve, à l'heure
Où l'on entend gémir, comme une voix qui pleure,
L'onde entre les roseaux;
Si l'aube tout à coup là-bas luit comme un phare,
Sa clarté dans les champs éveille une fanfare
De cloches et d'oiseaux!
Monsieur Dorbeen toussa. Monsieur Van Naslaan fronçait péniblement les sourcils comme pour demander:—Où diable veut-il en venir! Justement parce qu'il n'en savait pas davantage, le visage de mon oncle trahissait une admiration sans égale.
Enfant, vous êtes l'aube et mon âme est la plaine
Qui des plus douces fleurs embaume son haleine
Quand vous la respirez;
Mon âme est la foret dont les sombres ramures
S'emplissent pour vous seul de suaves murmures
Et de rayons dorés!
Car vos beaux yeux sont pleins de douceurs infinies;
Car vos petites mains, joyeuses et bénies,
N'ont point mal fait encor;
—Oh! Seigneur! dit ma tante à demi-voix, et ses yeux, sous l'influence de l'émotion, devinrent tout petits.
Jamais vos jeunes pas n'ont touché notre fange;
Tête sacrée! enfant aux cheveux blonds! bel ange
A l'auréole d'or!
Koosjen qui, de temps en temps, avait jeté un coup d'œil sur
moi, releva la tête et me regarda fixement. Les deux derniers
vers pouvaient s'appliquer parfaitement à elle.
Vous êtes parmi nous la colombe de l'arche;
Vos pieds tendres et purs n'ont point l'âge où l'on marche;
Vos ailes sont d'azur.
Sans le comprendre encor, vous regardez le monde,
Double virginité! corps où rien n'est immonde,
Comme où rien n'est impur!
Il est si beau, l'enfant, avec son doux sourire,
Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,
Ses pleurs vile apaisés,
Laissant errer sa vue étonnée et ravie,
Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie
Et sa bouche aux baisers!