Ma tante essaya une larme; madame Van Naslaan hocha deux ou trois fois la tête. Koosjen retenait sa respiration et me regardait avec anxiété.

Seigneur! préservez-moi, préservez ceux que j'aime,
Frères, parents, amis, et mes ennemis même
Dans le mal triomphants,
De jamais voir, Seigneur! l'été sans fleurs vermeilles,
La cage sans oiseaux, la ruche sans abeilles,
La maison sans enfants[10]!

—Seigneur mon temps! neveu Hildebrand, s'écria ma tante, neveu Hildebrand, cela est beau!

Et je gage qu'elle songeait à Pierre quand il était petit, et aussi... oh certainement aussi, à la petite Gertrude qui était morte avant l'âge de cinq ans et dont il ne lui restait qu'une petite mèche de cheveux qu'elle portait en bague an doigt du milieu.

—Hé oui! dît Mietjen aux yeux de veau, yeux qui, en ce moment, étaient beaucoup plus saillants encore que de coutume.

—Je trouve pourtant, dit madame Van Naslaan, qu'il faut être mère pour bien comprendre ces choses-là.

—N'est-ce pas, madame Van Naslaan? dit madame Dorbeen... Mais c'est ravissant; les vers (elle appuya sur le mot), les vers sont ravissants! Elle voulait dire: Quant à la façon de les dire, ce pourrait être mieux.

Koosjen n'était pas mère et conséquemment ne pouvait avoir compris comme l'entendaient ces dames; mais ses yeux humides et brillants et ses joues pâles disaient assez qu'elle avait compris et senti cette admirable poésie.

—De qui est cette pièce? demanda monsieur Van Naslaan.

—De Victor Hugo, Monsieur.