—Victor Hugo? dit-il en plaçant l'accent tonique sur la première syllabe et en prononçant ce nom, comme si au lieu d'un g français, il s'y fut trouvé vingt-cinq bons g hollandais [11]. Je croyais que cet homme là n'avait écrit que des horreurs. J'ai vu dans la Revue littéraire, me semble-t-il... Eh! cela m'échappe; je croyais que c'était comme cela un homme sanguinaire...
—Je ne sais pas, Monsieur! répondis-je.
—Ne le confondez-vous pas avec Jacques Julin? demanda le courtier.
—Est-ce celui-là qui a écrit ce livre sur Barneveld que nous avons reçu dernièrement à la Société de lecture? demanda mon oncle en se tournant vers Pierre.
—Oui, dit le courtier. A ce que j'ai entendu dire, c'est un singulier gaillard. Il écrit tout ce qu'il veut, Monsieur, il écrit tout ce qu'il veut[12]!
—Oui, dit mon oncle en secouant sa pipe, ces Français, cela fait un rare peuple, bien que je le dise moi-même.
—Savez-vous un livre de vers que moi je trouve charmant, dit madame Van Naslaan en faisant du regard le tour de la société, c'est l'Utilité des disgrâces.
—Quoi! demanda monsieur Dorbeen, plus comiquement et plus gravement que jamais, quoi? l'Utilité des dix grâces?
Un grand éclat de rire salua cette plaisanterie qui embarrassa plus ou moins madame Van Naslaan: elle résolut d'achever en conversation particulière l'éloge de l'ouvrage connu de Lucretia Wilhelmina, éloge mis en avant à titre de conversation générale:
—Vraiment, chuchota-t-elle à l'oreille de ma tante, c'est un livre magnifique et écrit par une femme, mais, je puis l'affirmer, vous ne pourriez le lire les yeux secs.