—Pour quoi? demanda Henriette dont le visage se rembrunit.
—Pour dorer les gâteaux! dit le père. Saperlotte, j'ai fait tout cela aussi dans mon jeune temps: j'ai doré des hommes, des femmes, des cochons, des lits, Adam et Eve, des vaisseaux, enfin tout le tremblement! Ne sais-tu pas que nous touchons à la saint Nicolas?
—Moi, dorer des gâteaux chez les de Groot, papa! c'est impossible; je vous en remercie. Non, vraiment, grand merci, dit Henriette d'un ton résolu, je n'en ferai rien.
—C'est fort bien, ma chère fille, dit monsieur Kegge; mais j'ai accepté pour toi et tu ne peux t'en dispenser; c'est toute une partie de dames.
—Et quelles dames viendraient chez les de Groot? demanda la belle ironiquement.
—Est-ce que je le sais, mademoiselle Henriette? dit le père en ôtant d'une façon plaisante, bien qu'avec un visible embarras, le bonnet qu'il portait à cause de la place vide que nous avons signalée sur son cuir chevelu; je veux être un vanneau si je les connais. Ton cousin m'en a nommé plusieurs: mademoiselle Riet, mademoiselle Bekker, mademoiselle ci et çà; il dit que ce sont des jeunes personnes tout à fait comme il faut.
—Et pourquoi donc Sara ne m'a-t-elle pas invitée hier?
—Parce qu'elle l'a oublié, dit-il.
—Parce quelle n'a pas osé, rectifia Henriette rouge d'indignation.
—Ma chère Henriette, dit le papa d'une voix caressante, je verrais avec plaisir que tu fusses en bons termes avec les de Groot. Quand nous sommes arrivés ici tout à fait étrangers, ils nous ont rendu mille services. Le cousin a loué cette maison pour nous et nous a aidés en tout; c'est un honnête homme et est-ce sa faute qu'il ne soit pas un noble et puissant seigneur et ne porte pas de gants glacés comme notre ami Van der Hoogen? J'ai accepté pour toi; tu iras, n'est-ce pas? Je veux que tu y ailles.