Le père timoré saisit l'occasion de réparer complètement le mal qu'il avait fait le matin, car si l'irritation d'Henriette l'avait effrayé, ses larmes l'avaient pleinement convaincu qu'il avait été injuste envers elle: peut-être aussi redoutait-il un peu une nouvelle rupture de la paix.

—Dans ce cas-là, Henriette, dit monsieur Kegge en se hâtant de prendre la parole, il ne te reste pas autre chose à faire qu'à demeurer à la maison. Tu peux t'excuser; de cette façon il n'y aura pas de mal.

—Aviez-vous une invitation? C'est ce que je redoutais, dit Van der Hoogen; mademoiselle Kegge est si chérie partout. Non, non, s'il vous faut sacrifier quelque chose, ne le faites pas; je...

—Non, dit monsieur Kegge, je tiens à cette répétition. Nous vous attendons positivement ce soir. Vers sept heures, n'est-ce pas?

—Charmant! charmant! s'écria monsieur Van der Hoogen en quittant sa chaise. Ne vous dérangez pas! A ce soir!

Il gagna la porte en faisant une sorte d'entrechat.

Je compris mieux encore qu'avant le dîner la confusion et les larmes d'Henriette. C'était un coup monté, et monsieur Van der Hoogen partit avec la bienheureuse conviction d'avoir rendu un service signalé à la belle bru nette. Quant à celle-ci elle avait des remords. Je me levai pour reconduire le fat.

—Monsieur étudie à Leyde, n'est-ce pas? me demanda-t-il dans le corridor. Charmante jeunesse que les étudiants. J'ai aussi résidé six mois à Leyde. C'est, d'ailleurs, une misérable ville. Pas d'amusements; les gens ne se voient pas entre eux. C'est à peine si, une fois par an, ils y donnent un bal à leur façon. On s'y ennuie mortellement. Ne vous dérangez pas, À ce soir!

—Je suis fâchée que cela tombe ainsi, dit Henriette lorsque je rentrai, mais, vous le voyez, je ne puis absolument pas aller là-bas.

—Tu devrais écrire un mot ... dit son père.