—Vous êtes pourtant un bon papa! dit-elle en l'embrassant et en arrangeant de sa jolie main les cheveux de monsieur Kegge. Je ne le méritais pas! ajouta-t-elle, et elle pencha la tête sur le sein de son père.
—Pas de jérémiades! dit le père. Sottises que tout cela! Il faut toujours être de bonne humeur.
Je commençai d'aimer Henriette dix fois davantage. Le perroquet criait:
—Douce maîtresse!
Nous étions encore au dessert lorsque Monsieur Van der Hoogen, qu'à part moi je n'appelais pas autrement que le charmant, fut annoncé et introduit.
Henriette rougit terriblement.
—Ne vous dérangez pas, ma chère dame; pardon, monsieur Van Kegge. Je me présente à une heure bien indue, n'est-ce pas. J'avais à dire une chose à mademoiselle Van Kegge, une chose des plus affreuses; j'en suis au désespoir...
Je considérai attentivement monsieur Van der Hoogen, mais je ne remarquai ni ces cheveux en désordre ni ces yeux hagards que je me représentais, grâce aux poètes, comme la condition sine qua non du désespoir. Au contraire, grâce à cet onguent connu chez les coiffeurs sous le nom de cosmétique, les boucles du personnage étaient aussi luisantes et aussi régulières que la veille; son regard était tout à fait calme, et la main du désespéré monsieur Van der Hoogen ne tremblait pas non plus quand il l'étendit vers un verre de porto que lui offrit mon hôte.
—Je dois vous dire, continua-t-il en s'adressant à Henriette, qu'il m'est impossible d'assister jeudi soir à votre répétition. Je viens de recevoir tout à l'heure une invitation à un grand souper chez monsieur Van Lemmer; je ne puis me dispenser d'y assister, et je dîne le même jour chez madame d'Autré. Demain, comme vous le savez, il y a soirée chez le général. Si vous ne pouviez répéter ce soir, je serais vraiment désolé... et j'ai bien peur que vous ne le puissiez pas...