Les dames, qui avaient toutes des couleurs comme des pivoines, furent partagées entre les messieurs, et je me chargeai de reconduire chez elle mademoiselle Noiret à laquelle je portais beaucoup d'intérêt. Les demoiselles prirent cordialement congé les unes des autres et de nous; les trois bons garçons me serrèrent la main d'une façon très-sensible, et je fus très-satisfait de cette amitié nouée d'une manière si inattendue.
Mademoiselle Noiret était embarrassée de ce que je prisse la peine de la reconduire.—C'était si loin! dit-elle.
Je répondis, comme il convenait, que plus longtemps je jouirais de sa société et plus cela me serait agréable.
—Ah! dit-elle, ma société, monsieur! n'est rien moins qu'agréable. J'étais honteuse an milieu de tout ce monde en joie. N'y faisais-je pas triste figure?
—Vous ne faisiez assurément pas autant de bruit que les antres. Mais cependant...
—Non, ne dites pas cela! ne dites pas que j'étais gaie! dit-elle en m'interrompant, cela me fâcherait. J'ai fait aussi bonne contenance que possible, mais pourtant mon cœur était ailleurs. Mon cœur était auprès de ma mère, se hâta-t-elle d'ajouter.
—Votre mère est-elle malade, ou...
—Elle est vieille, monsieur, très-vieille. Si elle ne se fût pas bien portée, vous ne m'auriez point trouvée là. Mais comment donner toujours pour excuse à d'excellentes gens qui vous aiment, cette raison qu'on a une vieille mère? Je dois dire aussi que ce soir elle avait quelqu'un pour lui tenir société et qu'elle a voulu absolument que j'allasse à cette fête.
Suzette soupira.
—Votre mère est-elle donc si vieille? demandai-je. Vous êtes, à ce qu'il me semble, très-jeune encore.