«Car c'est en espérance que nous sommes sauvés. Or, quand on voit ce qu'on a espéré, ce n'est plus espérance, puisque nul n'espère ce qu'il voit déjà. Que si nous espérons ce que nous ne voyons pas encore, nous l'attendons avec patience (Rom., VIII, 24, 25).»

Elle repoussa un peu la Bible et s'appuya contre le dossier du fauteuil, comme pour réfléchir à ce qu'elle venait de lire; elle répéta à voix basse ces paroles: «Si nous espérons ce que nous ne voyons pas encore, nous l'attendons avec patience.»

Tout à coup elle s'aperçut de ma présence.

—Il faudra que vous—me tolériez aujourd'hui, Monsieur, me dit-elle; ou fait la toilette de ma chambre et quand cela arrive, je me tiens habituellement ici.

—Vous menez une vie fort retirée, Madame, répondis-je; ma présence vous gênera peut-être.

—Oh non! reprit-elle à haute voix, je suis assez forte. Ma tête est très-forte; notre race n'est pas aussi faible que cela. Mais je ne suis plus en état de vivre dans le monde; je suis devenue si sombre, si sérieuse. Je gênerais, j'ennuierais. Ce livre, dit-elle en montrant sa Bible, ce livre est ma société.

Elle se tut pendant quelques instants et caressa de sa main brune la tête du chien. Puis elle se redressa un peu dans son fauteuil.

—Vous êtes ici depuis deux jours déjà, monsieur Hildebrand, et la cause qui vous a amené à faire connaissance avec ma famille est de telle nature que.... Dites-moi, vous a-t-on déjà parlé du cher William?

—Je suis fâché, Madame, d'avoir à vous répondre négativement. Non, on ne m'a pas encore dit un mot de William.

—Je le pensais bien! s'écria-t-elle en frappant ses mains l'une contre l'autre et poussant un profond soupir. Puis elle sourit tristement et ajouta: