—Je le savais bien! ah, je le savais bien!

Elle regarda mélancoliquement son chien qui, comme s'il comprenait ses plaintes, posa les pattes de devant sur ses genoux et leva la tête à la hauteur du visage de sa maîtresse pour la caresser.

—Et pourtant il n'y a pas trois ans qu'il est mort! Diane! dit-elle en prenant la patte du chien; il n'y a pas trois ans que le cher Bill est mort. Je parie, ajouta-t-elle d'une voix expressive, que le chien ne l'a pas encore oublié.

Elle tomba pendant quelques instants dans une méditation que je n'osais troubler. Elle éclata enfin:

—Il m'était cher comme la prunelle de mes yeux! C'était mon favori, mon bien-aimé, mon trésor!

Puis d'une voix plus calme elle ajouta:

—C'était un bon jeune homme, un excellent jeune homme, n'est-ce pas, monsieur Hildebrand?

—C'est bien vrai! dis-je.

—Quand il partit, continua la grand'mère, il y eut comme une voix mystérieuse qui murmura en moi que je ne le reverrais plus, et Diane le retint par son manteau. N'est-ce pas, Diane? Bill n'eût pas dû partir. Il eût dû rester, il eût dû vivre auprès de sa vieille grand'mère. Et si, même là-bas, il eût été condamné à mourir, du moins sa grand'mère eût pu lui fermer les yeux. Tandis qu'ici, qui a rempli cette tâche sacrée?...

Quel bien cela me fit au cœur de pouvoir lui dire que c'était moi!