—Vraiment? demanda-t-elle avec un doux sourire. Je vous porte envie.

Et elle arrêta longuement sur moi un regard mélancolique.

—En partant, il m'a laissé ce mouchoir! dit-elle, après quelques instants de silence, en montrant le foulard qu'elle portait au cou. Il avait passé la porte, mais il revint pour le prendre. Il en avait bien besoin le pauvre garçon, car je pus le tremper de ses larmes. J'essuyai ses yeux et voulus garder le mouchoir. Ce mouchoir et ces lettres sont ma seule consolation!

Elle ouvrit sa Bible en différents endroits et me montra les lettres qu'elle avait reçues de William et qu'elle conservait dans le livre. Elle en prit une et en considéra l'adresse un moment.

—Il avait une jolie écriture, n'est-ce pas? dit-elle; et elle me tendit la lettre.

Je lus l'adresse. Il y avait dessus: A madame E. Marrison. E. M., c'étaient les initiales gravées sur la bague qu'il m'avait donnée à son lit de mort. E. M...., j'avais rattaché tout un roman à cette bague; j'avais lu dans ces lettres le nom d'une jeune fille adorée, qui jadis avait ouvert à William son cœur virginal. Mais combien ne devenait pas plus touchant ce gage de simple affection entre la grand'mère et le petit-fils! Bien qu'autrement je ne portasse pas la bague, je l'avais mise depuis les quelques jours que j'étais à R ... Je l'ôtai de mon doigt et dis:

—Il m'a donné ce souvenir à son lit de mort, en me le recommandant comme une chose qui lui était bien chère.

Le visage de la vieille femme s'illumina; pour la première fois des larmes parurent dans ses yeux, qui jusque-là avaient gardé une expression si austère.

—Ma bague! s'écria-t-elle... Oui, ma bague! Je la lui ai donnée pour le mouchoir de poche. L'a-t-il toujours portée?

—Jusqu'à peu d'heures avant sa mort.