—Et il disait qu'elle lui était bien chère? Cher enfant! Il a consacré ses dernières forces à dire cela? Et ses dernières pensées ont été aussi à sa grand'mère?—Vois-tu Diane, dit-elle au chien, c'est la bague de ta maîtresse que le cher Bill a portée. Il ne nous a pas oubliées, Diane, et nous ne l'avons pas oublié non plus, quoique... Ah! Monsieur, poursuivit-elle, au commencement, ma fille était si vivement affligée; mais elle ne sent pas profondément; elle était la dernière venue, la seule qui me reste, mais non la plus sensible de mes enfants. Et puis, elle avait tant d'enfants, elle. Mais moi j'avais donné mon cœur à William; il portait le nom de son grand père, mon brave William à moi. Il était toujours si confiant, si aimable, si tendre, si bon pour moi. C'était un excellent jeune homme. Que faisons-nous ici sans lui, Diane?

Elle fit encore une courte pause,

—Kegge est un bonhomme! continua-t-elle. Il est bon, il est cordial, il est sensible, mais il est rempli de fausse honte; il ne veut pas qu'on voie jamais une larme dans ses yeux. Il chasse le meilleur sentiment par respect humain. Lorsqu'il épousa Anna, celle-ci était une enfant, une enfant folâtre qui courait dans la plantation avec six jeunes chiens. Il ne l'a ni développée, ni dirigée; elle prévient tous ses désirs, elle se règle en tout d'après lui; soumise à son influence, elle n'ose se montrer autrement que lui. Parfois, je suis dure envers Kegge, et c'est pourquoi j'aime mieux vivre seule. Il ne me comprend pas; et puis jamais, jamais un mot sur le cher William!—Mais nous parlons de lui, n'est-ce pas Diane? Et elle caressa doucement la tête du chien. Nous parlerons de lui. Il était si bon pour le chien, et le chien avait joué de si bonne heure avec lui... Quand je regarde longtemps le chien il me semble voir le petit Bill jouer avec lui.

Elle reprit la bague.

—Je vous la rendrai quand vous partirez, dit-elle, mais laissez-la moi encore pendant quelques jours.

—Gardez-la toute votre vie, Madame! m'écriai-je. Vous y avez des droits plus grands et fondés sur un sentiment plus tendre que les miens.

Et je lui tendis la main.

—Toute ma vie! répondit-elle. Je voudrais bien que ce ne fût pas longtemps. Je ne puis m'accommoder de ce pays-ci. Mon père était Anglais, mais ma mère était de race indienne, c'était une indigène. Ici l'air est trop pesant pour moi, et le soleil n'a pas de chaleur. Si vous saviez combien cela m'a coûté de quitter les Indes. Mais mon enfant unique et la tombe de mon petit-fils m'attiraient ici. Et puis, on ne voulait pas me laisser seule là-bas. Je ne pouvais demeurer dans la maison où j'avais vu William sous mes yeux, où je l'avais vu galoper sur son petit cheval. Je voulais voir sa tombe; je désire dormir à côté de lui dans là terre étrangère.

Diane, qui avait de nouveau posé la tête sur ses genoux, te releva lentement et regarda tristement sa maîtresse. Il y avait une question dans ses yeux:

Et que deviendra donc Diane?