C'est mon premier devoir, servons l'humanité; Après, nous rendrons grâce à la Divinité[1].

Il s'était informé la veille de l'adresse de monsieur Van der Hoogen. Il devait le trouver dans l'une des rues centrales de la ville, au-dessus d'un magasin de literies. Hildebrand se mit en route avec la ferme conviction de rencontrer son homme chez lui.

Cependant comme il se rappela que monsieur Van der Hoogen qui était employé au bureau de l'enregistrement, devait s'y trouver tous les jours dès dix heures du matin et y avait beaucoup de besogne jusqu'à deux heures après midi, il ne lui parut pas invraisemblable que le susdit monsieur Van der Hoogen fit quelque peu la grasse matinée, le dimanche, et par conséquent il pensa que, selon toute probabilité, il était encore au lit. A celte considération s'ajoutait peut-être secrètement le désir inavoué de différer un instant encore l'accomplissement de la désagréable mission que lui imposait l'intérêt de l'humanité.

Or, il se trouva qu'Hildebrand, cheminant vers le magasin de literies, eut à traverser une place où il y avait une église dans laquelle retentissait le chant plein de puissance des fidèles, et il ressentit l'envie d'assister du moins à une partie du service divin.

Hildebrand n'est pas partisan de l'habitude d'arriver trop tard dans la maison du Seigneur. Il comprend que la parole de Dieu ne doit pas être lue pour rien et encore moins servir de basse au bruit qu'on fait en cherchant une place ou au grincement des chaufferettes[2] sur les dalles; mais il lui faut avouer cependant qu'il y a quelque chose de particulièrement solennel et émouvant à se transporter des rues silencieuses dans une cathédrale où déjà une foule considérable est prosternée, tête nue, et élève vers le ciel, au milieu des majestueux accords de l'orgue, une hymne qui semble venir d'un seul cœur. La vue d'une communauté réunie, réunie physiquement du moins, pour servir Dieu, renferme déjà en elle-même une touchante édification, et nous lui sommes, je crois, redevables de tant de bonnes et chrétiennes impressions, que, ne fût-ce que pour ce motif seul, cela vaudrait la peine de suivre le précepte de l'apôtre: «Ne négligeons pas de nous réunir.»

La foule chantait ces paroles du psaume quarante-deuxième: «Le cerf altéré n'aspire pas plus ardemment après l'eau des fontaines que mon âme n'aspire vers vous, mon Dieu.»

O vous qui vous imaginez que lire à la maison un bon sermon,—vous lisez sans doute toujours de bons sermons et vous ne pourriez en entendre que de mauvais,—ô vous qui vous imaginez que lire à la maison un bon sermon est aussi édifiant que fréquenter la réunion des fidèles, vous qui violez le précepte du Sauveur en préférant la prière isolée à la prière en commun, n'avez-vous donc jamais éprouvé ce sentiment délicieux que donne au cœur la vue de tant d'enfants des hommes, appartenant à toutes les conditions, qui, avec vous et autour de vous, élèvent le même cantique vers le ciel, entendent la même parole de consolation et supplient le même père qui est au ciel au nom du même Sauveur?

Il est seulement dommage que les élans de l'assemblée vers Dieu se perdent dans les fioritures dont l'organiste les fait suivre.

Un homme simple, d'un âge avancé, se trouvait dans la chaire, et parla avec onction à la foule sur le texte des paroles qui venaient d'être chantées; il fit ensuite une prière naïve, humble, une vraie prière: la sincère prière du juste a beaucoup de pouvoir, dit saint Jacques. Puis il invita de nouveau la communauté à chanter, et cette fois le chant fut tiré du premier psaume.

Le vieux serviteur de l'Evangile prit aussi pour texte les dernières paroles: «Le Seigneur connaît la voie du juste, mais la voie de l'impie est une voie de perdition.» Et ce fut avec ces paroles au cœur qu'Hildebrand s'achemina d'un pas rapide vers la demeure de Van der Hoogen.