—La chambre au premier sur la rue! cria la femme du magasin de literies en passant la tête du fond d'une sorte d'arrière-boutique; montez l'escalier, et la première porte à main gauche!
Hildebrand suivit cette indication. La porte de la chambre sur la rue était entr'ouverte et il se trouva d'emblée sur le domaine du charmant. Toutefois celui-ci ne s'y trouvait pas.
La chambre n'était pas particulièrement charmante; elle était mal meublée et rien moins que propre. Un confortable fauteuil en était le meilleur meuble. A la muraille étaient suspendues une couple de lithographies sur les exploits de Robert Macaire et quelques études de femmes dues à la main d'artistes qui semblaient s'être particulièrement exercés sur le nu. Au-dessus de la cheminée étaient attachés un masque, des gants et des fleurets, plus une queue de faisan, lequel Van der Hoogen s'imaginait sans doute avoir tué ou mangé jadis. Une foule de cartes d'invitation dont quelques-unes déjà de date très-ancienne ornaient le cadre de la glace. Sur la table se trouvaient un grand flacon d'essence et un volume ouvert de Paul de Kock. Dans le foyer brûlait un feu qui toutefois ne semblait allumé que depuis une demi heure au plus. Il y avait là un déjeuner auquel on n'avait pas touché, et l'eau du thé, placée sous la table, avait cessé de bouillir. Ces indices signifiaient probablement que monsieur Van der Hoogen était encore dans sa chambre à coucher. Hildebrand espéra que l'hôtesse l'annoncerait.
Bientôt, en effet, quelqu'un monta l'escalier au pas de course, mais ce ne pouvait être L'hôtesse, attendu qu'Hildebrand entendit un craquement de bottes éminemment masculines. Il lui parut que le nouveau venu traversait un petit corridor, et le bruit d'une autre porte qui s'ouvrait frappa son oreille. Pais il entendit une voix qui semblait sortir de dessous les couvertures et qui criait:
—Qui est là?
—Bout! répondit celui qui entrait. Comment, paresseux animal, lu es encore au lit?
—Eh là! répondit Van der Hoogen, quoi d'étonnant, il est à peine jour. Songe donc que six jours de la semaine, je dois me lever de grand matin. Je rattrape cela le jour du repos, mon brave. Diantre, j'ai mal à la tête! ce vin de la Société est détestable.
Il s'ensuivit une conversation dont je ne saisis pas tout, mais je m'aperçus qu'à la fin cette conversation portait sur une personne qu'ils appelaient la petite noire, et bientôt il fut évident pour Hildebrand que Van der Hoogen racontait son aventure avec mademoiselle Noiret, aventure dont le souvenir paraissait lui faire tant de plaisir, qu'il poussa un grand éclat de rire.
—Tout cela est bel et bon! dit la personne qu'Hildebrand avait entendue se nommer Bout, et qui avait une voix très-rude et très-désagréable: tout cela est bel et bon, mais tu n'en as pas moins été trop vite. Pourquoi n'avoir pas attendu un peu jusqu'à ce que le garçon soit bel et bien aux Indes?
—Mou cher Bout! la petite noire est si diablement jolie, répondit Van der Hoogen, qui, en pareille société, semblait échanger son terme favori: charmant, contre un moins innocent.