—Ah! laissez-moi continuer bien vite mon chemin. Madame Noiret se meurt.
—Comment, dis-je vivement alarmé, en marchant à côté d'elle et songeant à Suzette. Comment! et je lui ai parlé encore hier!
—C'est possible, répondit-elle, hier elle se portait encore parfaitement. Mais aujourd'hui, elle a eu tout d'un coup une attaque. J'étais à l'église et ma mère était à la maison auprès des petits. Suzette a sur-le-champ envoyé chercher ma mère, et voilà que je sors tout heureuse de l'église et que j'apprends que la bonne madame Noiret est peut-être déjà morte; on l'a saignée, dit mon père, il n'est pas venu de sang. Le médecin l'a abandonnée. Que va faire la pauvre Suzette?
Elle sanglotait tout haut.
Je me dirigeai avec elle vers l'hospice.
La soi-disant mère[1] de cet établissement, corpulente cuisinière, vêtue d'une jaquette très-ample et d'un grand mouchoir blanc, se trouvait sur la porte à bavarder avec une vieille femme qui portait un mantelet noir, et j'entendis distinctement ces mots:
—De sorte que je vous conseille de vous y prendre tout de suite, sans cela une autre arrivera avant vous; allez bien vite trouver ces messieurs et dites-leur:—Bien des compliments, le numéro neuf est vacant...
—Et puis? demanda la femme au mantelet noir.
—Et puis vous attendrez votre tour! dit la mère.
Le mantelet noir s'éloigna en trébuchant à chaque pas.