Il prescrivit une potion calmante et nous quitta pour aller visiter, Dieu sait! quelles autres misères.
C'est une chose remarquable que la précipitation qu'on met dans les classes inférieures à rendre les derniers devoirs à un cadavre. C'est un véritable empressement. Quelque cher que soit le malade à ses proches, à peine a-t-il rendu le dernier soupir, bien plus, à peine parfois n'y a-t-il que des indices très-trompeurs de la mort réelle de la personne aimée, que le corps doit être déshabillé de la tête aux pieds et enveloppé du vêtement des morts, et que le lit sur lequel a eu lieu le décès doit être enlevé pour faire place à une rude paillasse. J'ai vu des cadavres, déjà déshabillés, de personnes qu'on avait trouvées mortes sur leur chaise une heure à peine auparavant.
La mère de l'hospice entra à son tour et, tirant à part madame de Groot, elle lui dit qu'on ne pouvait accomplir de devoir plus sacré que d'ensevelir madame Noiret; Madame de Groot pouvait disposer d'elle; cette tâche ne l'effrayait pas; et puis elle savait parfaitement où se trouvaient les effets réservés par madame Noiret pour l'heure de sa mort.
Malgré cette offre obligeante, madame de Groot assura que rien ne pressait, mais la mère insista pour que la chose se fît du moins avant le soir:
—Ce n'était qu'à cause du lit; et puis madame Noiret avait toujours, pendant l'hiver, une très-belle couverture, et sûrement cette couverture était encore sur son lit.
Elle alla s'assurer du fait.
—C'est la couverture! dit-elle gravement à madame de Groot; quand vous ensevelirez vous n'aurez qu'à me faire appeler.
—C'est bien! dit madame de Groot; et la mère se retira pour engager, un pas pins loin, à travers la fenêtre, un entretien à très-haute voix avec la sourde sur la nécessité d'ensevelir madame Noiret et sur sa belle couverture.
—Que voulait la mère? demanda Suzette après son départ, en levant un œil affligé.
—Rien, ma chère amie, dit madame de Groot; j'aurai soin de tout. Ne vous inquiétez de rien.