—J'ai appris votre malheur, ma chère demoiselle Noiret, dit-elle d'une voix douce et pénétrante, et je viens pleurer avec vous; vous savez que moi aussi je n'ai plus de mère.

On pleure plus facilement sous l'impression d'une douce et tendre émotion, que sous le coup d'une grande et accablante douleur. Suzette fondit en pleurs et baisa les mains de la consolatrice; des larmes brillantes perlaient aussi au bout des longs cils noirs de celle-ci. Sara se pressa contre les deux jeunes femmes, et dans ses yeux aussi rayonnaient à travers les pleurs la plus douce émotion et la plus profonde vénération pour la noble consolatrice.

La vue de ce groupe touchant remuait le cœur. C'étaient la douleur, la pitié, la consolation, unies dans une douce et affectueuse étreinte. J'engage nos peintres à exercer leur talent; sur ce sujet, s'ils veulent bien consentir à cesser un instant de peindre des hommes qui fument leur pipe et des femmes qui achètent des légumes.

—C'est un ange! murmura madame de Groot, et une larme tomba sur les pincettes avec lesquelles elle s'efforçait de ranimer le feu à demi éteint au milieu du trouble général.

—Quelle est cette dame? demanda la sourde, sur le ton élevé qui lui était habituel.

Je m'efforçai de lui expliquer, mais cela me fut impossible.

—Je ne puis vous comprendre, dit-elle; mais je sais qu'il se passera du temps avant que des gens riches viennent pleurer auprès du lit de mort de la vieille Samei,—et puis j'ai entendu dire aussi que madame Noiret n'était pas d'une famille de rien.

A ces mots, la vieille se leva et regagna sa cellule.

Le médecin vint pour voir Suzette et lui donner ses soins après le premier choc. Sa physionomie s'illumina à la vue de Constance.

—Déjà ici, Mademoiselle? dit-il, c'est pour le mieux. Vous avez dû marcher vite! Je vous recommande cette patiente, ajouta-t-il; pour les affligés vous êtes meilleur médecin que moi.