—Vous connaissez cette demoiselle Noiret?

—Je l'ai rencontrée une fois ou deux, et la connais par les renseignements que m'ont donnés des personnes avec lesquelles elle est en relation.

—Elle fait de temps en temps des robes pour ma fille, poursuivit monsieur Van Nagel, et celle-ci est très-contente d'elle. C'est une jeune fille modeste et qui a besoin qu'on lui vienne en aide. En savez-vous plus que moi sur sa famille?

Je lui communiquai tout ce que je savais et ajoutai que, grâce à son excellent caractère, Suzette était généralement aimée de tous ceux qui l'approchaient.

—C'est ce que dit aussi le docteur, n'est-ce pas, Constance? répondit-il. Je vous remercie de vos renseignements, Monsieur!

—Vous étudiez à Leyde? ajouta-t-il aussitôt en voyant que de nouveau je faisais mine de partir. Restez encore un instant. Je vous ai écouté jusqu'au bout, mais il ne faut pas vous en aller ainsi tout d'un coup. J'ai aussi obtenu mou grade à Leyde.

Et là-dessus il me raconta quelques souvenirs de sa vie d'étudiant.

—On dit que c'est le temps le plus agréable de la vie, dit-il en terminant, mais je ne suis pas assez ingrat envers ma femme défunte et ma fille bien-aimée, pour acquiescer à cette opinion; et d'ailleurs il est plus agréable encore dans le monde de se sentir un homme qu'un étudiant. J'espère que vous l'expérimenterez un jour.

Après une conversation sur des sujets plus généraux, à laquelle prit part, aussi mademoiselle Van Nagel, je quittai cette maison qui m'était apparue comme l'asile de la paix de l'âme, de l'intelligence, de la vertu, plein de reconnaissance en mon étoile qui, en si peu de jours et sous des toits si différents, m'avait mis en rapport avec tant d'aimables et bonnes gens, pour fortifier en moi la conviction que l'aménité et les vertus éminentes ne sont pas le privilège de certaines classes de la société, mais appartiennent également à toutes les conditions, tandis que celui-là est à coup sûr le plus heureux qui sait bien et dûment ce qu'il est, et qui il est, ce qu'il peut et ce qu'il veut, sans chercher son bonheur dans ce qui est hors de sa portée, et se tenant pour certain, qu'il est beaucoup plus sage de se tenir au centre paisible de son cercle, que sur les frontières exposées de celui-ci.

Mon petit rôle était joué; mes travaux me rappelaient, et j'annonçai mon départ. Trois jours après je me réveillais dans ma chambre à Leyde, et je regardais à deux fois pour m'assurer si la Brêe-Straat était encore large.