Dans une lettre écrite à un de ses amis, M. Benjamin Constant explique sa conduite par la magie du retour de Napoléon Ier, par l'assentiment universel du peuple et de l'armée, par la mansuétude du maître envers ses adversaires les plus animés, par son retour sincère aux principes libéraux.
Ceci n'explique pas grand'chose.
Faut-il, d'un autre côté, s'en rapporter à M. Loëve-Weimar? Est-ce par amour pour Mme de Récamier et pour vaincre les résistances de la belle royaliste, que M. Benjamin Constant se compromit d'une façon aussi éclatante? Hélas! il n'est guère permis d'en douter.
À quarante-huit ans, Adolphe n'était pas guéri des maladies de l'imagination; quoique chez lui le cœur n'ait peut-être jamais été bien sérieusement engagé; le besoin de désespoir, le goût de l'excessif qui tourmentaient cet homme blasé, le trompaient sur ses propres sentiments.
S'il a, d'ailleurs, été sérieusement épris, sa passion, pour arriver sur le tard de la vie, n'en dut être que plus ardente. L'infortuné Jean-Jacques Rousseau l'a bien prouvé.
Le journal la Presse a commencé la publication des lettres de M. Benjamin Constant à Mme de Récamier. Mais cette publication n'a pas été continuée. Un procès l'a interrompue.
Le peu que nous connaissons de ces lettres est éclairé d'une belle flamme amoureuse, d'un style pareil à une flambée de sarments.
Mais la vraie passion existe-t-elle dans ce foyer pétillant de toutes les étincelles de l'esprit? Je n'oserais l'assurer.
L'amour et la politique, c'est trop à la fois. La politique est le dernier amour et ne souffre point de partage. C'est pourquoi les femmes ont l'instinctive horreur de la politique. M. Benjamin joua toute sa vie avec l'amour et avec la politique; il leur demanda des émotions comme il en demandait aux cartes et aux dés.
Combien les peuples, avant de prodiguer leur admiration et leur confiance aux hommes célèbres, devraient s'enquérir jusqu'à quel point ils en sont dignes!