D'autres, comme Hume, ont essayé ou essayent de le faire. Ils mettent ici les affaires religieuses, un peu plus loin les événements politiques, ensuite des détails littéraires, à la fin des considérations générales sur les changements de la société et du gouvernement, croyant qu'une collection d'histoires est l'histoire, et que des membres attachés bout à bout sont un corps. Macaulay ne l'a point cru, et a bien fait. Quoique Anglais, il a l'esprit d'ensemble. Tant d'événements amassés font chez lui non un total, mais un tout. Explications, récits, dissertations, anecdotes, peintures, rapprochements, allusions aux événements modernes, tout se tient dans son livre. C'est que tout se tient dans son esprit. Il a le plus vif sentiment des causes; et ce sont les causes qui lient les faits. Par elles les événements épars se rassemblent en un événement unique; elles les unissent parce qu'elles les produisent, et l'historien qui les recherche toutes ne peut manquer d'apercevoir ou de sentir l'unité qui est leur effet. Lisez, par exemple, le voyage du roi Jacques en Irlande: point de peinture plus curieuse; n'est-ce pourtant qu'une peinture curieuse? Arrivé à Cork, il ne trouve point de chevaux pour le porter. Le pays est un désert. Plus d'industrie, plus de culture, plus de civilisation, depuis que les colons anglais et protestants ont été chassés, volés, tués. Il est reçu entre deux haies de brigands demi-nus, armés de couteaux et de bâtons; sous les pas de son cheval, on étend en guise de tapis des manteaux de grosse toile comme en portent les bandits et les bergers. On lui offre des guirlandes de tiges de choux en manière de couronnes de lauriers. Dans un large district, il ne se trouve en tout que deux charrettes. Le palais du lord lieutenant est si mal bâti que la pluie noie les appartements. On part pour l'Ulster; les officiers français croient «voyager dans les solitudes de l'Arabie.» Le comte d'Avaux écrit à sa cour que, pour trouver une botte de foin, il faut courir à cinq ou six milles. À Charlemont, à grand'peine, comme marque de grande faveur, on procura un sac de gruau à l'ambassade française. Les officiers supérieurs couchent dans des tanières qu'ils auraient trouvées trop sales pour leurs chiens. Les soldats irlandais sont des maraudeurs demi-sauvages qui ne savent que crier, égorger et se débander. Mal rassasiés de pommes de terre et de lait aigre, ils se jettent en affamés sur les grands troupeaux des protestants. Ils déchirent, à belles dents, la chair des bœufs et des moutons, et l'avalent demi-saignante et demi-pourrie. Faute de chaudières, ils la font cuire dans la peau. Le carême survenant, ils cessent d'engloutir les viandes, et ne cessent pas de tuer les bêtes. Un paysan abat une vache pour se faire une paire de souliers. Parfois, une bande égorge d'un coup cinquante ou soixante bêtes, enlève les peaux et abandonne les corps qui empoisonnent l'air. L'ambassadeur de France estime qu'en six semaines il y eut cinquante mille bêtes à cornes abattues qui pourrirent sur le sol. On évaluait le nombre des moutons et brebis tués à trois ou quatre cent mille.—Ne voit-on pas d'avance l'issue de la révolte? Qu'attendre de ces serfs gloutons, stupides et sauvages? Que pourra-t-on tirer d'un pays dévasté, et peuplé de dévastateurs? À quelle discipline voudra-t-on soumettre ces maraudeurs et ces bouchers? Quelle résistance feront-ils à la Boyne, quand ils verront les vieux régiments de Guillaume, les furieux escadrons des réfugiés français, les protestants acharnés et insultés de Londonderry et d'Enniskillen se lancer dans la rivière et courir l'épée haute contre leurs mousquets? Ils s'enfuiront le roi en tête, et les minutieuses anecdotes, éparses dans le récit des réceptions, des voyages et des cérémonies, auront annoncé la victoire des protestants. L'histoire des mœurs se trouve ainsi rattachée à l'histoire des événements; les uns causent les autres, et la description explique le récit.
Ce n'est pas assez de voir des causes; il faut encore en voir beaucoup. Tout événement en a une multitude. Me suffit-il, pour comprendre l'action de Marlborough ou de Jacques, de me rappeler une disposition ou qualité qui l'explique? Non, car, puisqu'elle a pour cause toute une situation et tout un caractère, il faut que j'aperçoive d'un seul coup et en abrégé tout le caractère et toute la situation qui l'ont produite. Le génie concentre. Il se mesure au nombre des souvenirs et des idées qu'il ramasse en un seul point. Ce que Macaulay en rassemble est énorme. Je ne sache point d'historien qui ait une mémoire plus sûre, mieux fournie, mieux réglée. Lorsqu'il raconte les actions d'un homme ou d'un parti, il revoit en une minute tous les événements de son histoire, et toutes les maximes de sa conduite; il a tous les détails présents; ils lui reviennent à chaque instant par multitudes. Il n'a rien oublié; il les parcourt aussi aisément, aussi complétement, aussi sûrement que le jour où il les a énumérés et écrits. Personne n'a si bien enseigné et si bien su l'histoire. Il en est aussi pénétré que ses personnages. Le whig ou le tory ardent, expérimenté, rompu aux affaires, qui se levait et agitait la chambre, n'avait pas des arguments plus nombreux, mieux rangés, plus précis. Il ne savait pas mieux le fort et le faible de sa cause; il n'était pas plus familier avec les intrigues, les rancunes, les variations des partis, les chances de la lutte, les intérêts des particuliers et du public. Les grands romanciers entrent dans l'âme de leurs personnages, prennent leurs sentiments, leurs idées, leur langage; il semble que Balzac ait été commis-voyageur, portière, courtisane, vieille fille, poëte, et qu'il ait employé sa vie à être chacun de ces personnages: son être est multiple et son nom est légion. Avec un talent différent, Macaulay a la même puissance: avocat incomparable, il plaide un nombre infini de causes; et il possède chacune de ces causes aussi pleinement que son client. Il a des réponses pour toutes les objections, des éclaircissements pour toutes les obscurités, des raisons pour tous les tribunaux. Il est prêt à chaque instant, et sur toutes les parties de sa cause. Il semble qu'il ait été whig, tory, puritain, membre du conseil privé, ambassadeur. Il n'est point poëte comme M. Michelet; il n'est point philosophe comme M. Guizot; mais il possède si bien toutes les puissances oratoires, il accumule et ordonne tant de faits, il les tient dans sa main si serrés, il les manie avec tant d'aisance et de vigueur, qu'il réussit à recomposer la trame entière et suivie de l'histoire, sans en omettre un fil et sans en séparer les fils. Le poëte ranime les êtres morts; le philosophe formule les lois créatrices; l'orateur connaît, expose et plaide des causes. Le poëte ressuscite des âmes, le philosophe ordonne un système, l'orateur reforme des chaînes de raisons; mais tous trois vont au même but par des voies différentes, et l'orateur comme ses rivaux, et par d'autres moyens que ses rivaux, reproduit dans son œuvre l'unité et la complexité de la vie.
Un second caractère de cette histoire est la clarté. Elle est populaire; personne n'explique mieux et n'explique autant que Macaulay. Il semble qu'il fasse une gageure contre son lecteur, et qu'il lui dise: «Soyez aussi distrait, aussi sot, aussi ignorant qu'il vous plaira. Vous aurez beau être distrait, vous m'écouterez; vous aurez beau être sot, vous comprendrez; vous aurez beau être ignorant, vous apprendrez. Je répéterai la même idée sous tant de formes, je la rendrai sensible par des exemples si familiers et si précis, je l'annoncerai si nettement au commencement, je la résumerai si soigneusement à la fin, je marquerai si bien les divisions, je suivrai si exactement l'ordre des idées, je témoignerai un si grand désir de vous éclairer et vous convaincre, que vous ne pourrez manquer d'être éclairé et convaincu.» Certainement, il pensait ainsi, quand il préparait ce morceau sur la loi qui, pour la première fois, accorda aux dissidents l'exercice de leur culte.
De toutes les lois qui furent jamais portées par un parlement, l'Acte de Tolérance est peut-être celle qui met le mieux en lumière les vices particuliers et l'excellence particulière de la législation anglaise. La science de la politique, à quelques égards, ressemble fort à la science de la mécanique. Le mathématicien peut aisément démontrer qu'une certaine force, appliquée au moyen d'un certain levier ou d'un certain système de poulies, suffira pour élever un certain poids. Mais sa démonstration part de cette supposition que la machine est telle que nulle charge ne la fera fléchir ou rompre. Si le mécanicien, qui doit soulever une grande masse de granit au moyen de poutres réelles et de cordes réelles, se fiait sans réserve à la proposition qu'il trouve dans les traités de dynamique, et ne tenait pas compte de l'imperfection de ses matériaux, tout son appareil de leviers, de roues et de cordes s'écroulerait bientôt en débris, et avec toute sa science géométrique, on le jugerait bien inférieur dans l'art de bâtir à ces barbares barbouillés d'ocre, qui, sans jamais avoir entendu parler du parallélogramme des forces, trouvèrent le moyen d'empiler les pierres de Stonehenge. Ce que le mécanicien est au mathématicien, l'homme d'État pratique l'est à l'homme d'État spéculatif. À la vérité, il est très-important que les législateurs et les administrateurs soient versés dans la philosophie du gouvernement; de même qu'il est très-important que l'architecte qui doit fixer un obélisque sur son piédestal, ou suspendre un pont tabulaire sur une embouchure de fleuve, soit versé dans la philosophie de l'équilibre et du mouvement. Mais, de même que celui qui veut bâtir effectivement doit avoir dans l'esprit beaucoup de choses qui n'ont jamais été remarquées par d'Alembert ni Euler, celui qui veut gouverner effectivement doit être perpétuellement guidé par des considérations dont on ne trouvera point la moindre trace dans les écrits d'Adam Smith et de Jérémie Bentham. Le parfait législateur est un exact intermédiaire entre l'homme de pure théorie, qui ne voit rien que des principes généraux, et l'homme de pure pratique, qui ne voit rien que des circonstances particulières. Le monde, pendant ces quatre-vingts dernières années, a été singulièrement fécond en législateurs en qui l'élément spéculatif prédominait à l'exclusion de l'élément pratique. L'Europe et l'Amérique ont dû à leur sagesse des douzaines de constitutions avortées, constitutions qui ont vécu juste assez longtemps pour faire un tapage misérable, et ont péri dans les convulsions. Mais dans la législature anglaise, l'élément pratique a toujours prédominé, et plus d'une fois prédominé avec excès sur l'élément spéculatif. Ne point s'inquiéter de la symétrie, et s'inquiéter beaucoup de l'utilité; n'ôter jamais une anomalie, uniquement parce qu'elle est une anomalie; ne jamais innover, si ce n'est lorsque quelque malaise se fait sentir, et alors innover juste assez pour se débarrasser du malaise; n'établir jamais une proposition plus large que le cas particulier auquel on remédie: telles sont les règles qui, depuis l'âge de Jean jusqu'à l'âge de Victoria, ont généralement guidé les délibérations de nos deux cent cinquante parlements[51].
L'idée est-elle encore obscure, douteuse? A-t-elle encore besoin de preuves, d'éclaircissement? Souhaite-t-on quelque chose de plus? Vous répondez non; Macaulay répond oui. Après l'explication générale vient l'explication particulière; après la théorie, l'application; après la démonstration théorique, la démonstration pratique. Vous vouliez vous arrêter, il poursuit:
L'Acte de Tolérance approche très-près de l'idéal d'une grande loi anglaise. Pour un juriste versé dans la théorie de la législation, mais qui ne connaîtrait point à fond les dispositions des partis et des sectes entre lesquels l'Angleterre était divisée au temps de la Révolution, cet acte ne serait qu'un chaos d'absurdités et de contradictions. Il ne supporte pas l'examen, si on le juge d'après des principes généraux solides. Bien plus, il ne supporte pas l'examen, si on le juge d'après un principe solide ou non. Le principe solide est évidemment que la simple erreur théologique ne doit pas être punie par le magistrat civil. Ce principe non-seulement n'est pas reconnu par l'Acte de Tolérance, mais encore il est rejeté positivement. Pas une seule des lois cruelles portées contre les non-conformistes par les Tudors et les Stuarts n'est rapportée. La persécution continue à être la règle générale; la tolérance est l'exception. Ce n'est point tout. La Liberté qui est donnée à la conscience est donnée de la façon la plus capricieuse. Un quaker, qui fait une déclaration de foi en termes généraux, obtient le plein bénéfice de l'acte, sans signer un seul des trente-neuf articles; un ministre indépendant, qui est parfaitement disposé à faire la déclaration demandée au quaker, mais qui a des doutes sur six ou sept des articles, demeure sous le coup des lois pénales. Howe est exposé à des châtiments, s'il prêche avant d'avoir solennellement déclaré qu'il adhère à la doctrine anglicane touchant l'Eucharistie. Penn, qui rejette entièrement l'Eucharistie, obtient la parfaite liberté de prêcher sans faire aucune déclaration, quelle qu'elle soit, à ce sujet.
Voilà quelques-uns des défauts qui ne peuvent manquer de frapper toute personne qui examinera l'Acte de Tolérance d'après ces lois de la raison qui sont les mêmes dans tous les pays et dans tous les âges. Mais ces défauts paraîtront peut-être des mérites, si nous prenons garde aux passions et aux préjugés de ceux pour qui l'Acte de Tolérance fut composé. Cette loi, remplie de contradictions que peut découvrir le premier écolier venu en philosophie politique, fit ce que n'eût pu faire une loi composée par toute la science des plus grands maîtres de philosophie politique. Que les articles résumés tout à l'heure soient gênants, puérils, incompatibles entre eux, incompatibles avec la vraie théorie de la liberté religieuse, chacun doit le reconnaître. Tout ce qu'on peut dire pour leur défense est qu'ils ont ôté une grande masse de maux sans choquer une grande masse de préjugés; que, d'un seul coup et pour toujours, sans un seul vote de division dans l'une ou dans l'autre chambre, sans une seule émeute dans les rues, sans presque un seul murmure même dans les classes qui étaient le plus profondément imprégnées de bigoterie, ils ont mis fin à une persécution qui s'était déchaînée pendant quatre générations, qui avait brisé un nombre infini de cœurs, qui avait désolé un nombre infini de foyers, qui avait rempli les prisons d'hommes dont le monde n'était pas digne, qui avait chassé des milliers de ces laboureurs et de ces artisans honnêtes, actifs, religieux, qui sont la vraie force des nations, et les avait forcés à chercher un refuge au delà de l'Océan, parmi les wigwams des Indiens rouges et les repaires des panthères. Une telle défense paraîtra faible peut-être à des théoriciens étroits. Mais probablement les hommes d'État la jugeront complète[52].
Pour moi, ce que je trouve complet ici, c'est l'art de développer. Ces antithèses d'idées soutenues par des antithèses de mots, ces phrases symétriques, ces expressions répétées à dessein pour attirer l'attention, cet épuisement de la preuve mettent sous nos yeux le talent d'avocat et d'orateur que nous rencontrions tout à l'heure dans l'art de plaider toutes les causes, de posséder un nombre infini de moyens, de les posséder tous et toujours à chaque incident du procès. Ce qui achève de manifester ce genre d'esprit, ce sont les fautes où son talent l'entraîne. À force de développer, il allonge. Plus d'une fois ses explications sont des lieux communs. Il prouve ce que tout le monde accorde. Il éclaircit ce qui est clair. Tel passage sur la nécessité des réactions semble l'amplification d'un bon élève[53]. Tel autre, excellent et nouveau, ne peut être lu qu'une fois avec plaisir. À la seconde, il paraît trop vrai; on a tout vu du premier coup, et l'on s'ennuie. J'ai omis un tiers du morceau sur l'Acte de Tolérance; et les esprits vifs diront que j'aurais dû en omettre un autre tiers.
Le dernier trait, le plus singulier, le moins anglais de cette histoire, c'est qu'elle est intéressante. Macaulay a écrit, dans la Revue d'Édimbourg, cinq volumes d'Essais; et chacun sait que le premier mérite d'un reviewer, ou d'un journaliste, est de se faire lire. Un gros volume a le droit d'ennuyer; il n'est pas gros pour rien; sa taille réclame d'avance l'attention de celui qui l'ouvre. La solide reliure, la table symétrique, la préface, les chapitres substantiels alignés comme des soldats en bataille, tout vous ordonne de prendre un fauteuil, d'endosser une robe de chambre, de mettre vos pieds au feu, et d'étudier; vous ne devez pas moins à l'homme grave qui se présente à vous armé de six cents pages de texte et de trois ans de réflexion. Mais un journal qu'on parcourt dans un café, une revue qu'on feuillette dans un salon, le soir avant de se mettre à table, ont besoin d'attirer les yeux, de vaincre la distraction, de conquérir leurs lecteurs. Macaulay a pris ce besoin dans cet exercice, et il a conservé dans l'histoire les habitudes qu'il avait gagnées dans les journaux. Il emploie tous les moyens de garder l'attention, bons ou médiocres, dignes ou indignes d'un grand talent, entre autres, l'allusion aux circonstances actuelles. Vous savez ce mot d'un directeur de revue à qui Pierre Leroux proposait un article sur Dieu. «Dieu! cela n'a pas d'actualité!» Macaulay en profite. S'il nomme un régiment, il indique en quelques lignes les actions d'éclat qu'il a faites depuis son institution jusqu'à nos jours: voilà les officiers de ce régiment campés en Crimée, à Malte ou à Calcutta, obligés de lire son histoire.—Il raconte la réception de Schomberg par la Chambre: qui s'intéresse à Schomberg? À l'instant il ajoute que Wellington, cent ans plus tard, fut reçu en pareilles circonstances avec un cérémonial copié du premier: quel Anglais ne s'intéresse pas à Wellington?—Il raconte le siége de Londonderry, il désigne la place que les anciens bastions occupent dans la ville actuelle, le champ qui était couvert par le camp irlandais, le puits où buvaient les assiégeants: quel habitant de Londonderry pourra s'empêcher d'acheter son livre?—Quelque ville qu'il aborde, il marque les changements qu'elle a subis, les nouvelles rues ajoutées, les bâtiments réparés ou construits, l'augmentation du commerce, l'introduction d'industries nouvelles: voilà tous les aldermen et tous les négociants obligés de souscrire à son ouvrage.—Ailleurs nous rencontrons une anecdote sur un acteur et une actrice: comme les superlatifs intéressent, il commence par dire que William Mountford était «le plus agréable comédien,» qu'Anne Bracegirdle était «l'actrice la plus populaire» du temps. S'il introduit un homme d'État, il l'annonce toujours par quelque grand mot: c'était «le plus insinuant,» ou bien «le plus équitable,» ou bien «le plus instruit,» ou bien «le plus acharné et le plus débauché» de tous les politiques d'alors.—Mais ses grandes qualités le servent aussi bien là-dessus que ces machines littéraires un peu trop visibles, un peu trop nombreuses, un peu trop grossières. La multitude étonnante des détails, le mélange de dissertations psychologiques et morales, des descriptions, des récits, des jugements, des plaidoiries, des portraits, par-dessus tout la bonne composition et le courant continu d'éloquence occupent et retiennent l'attention jusqu'au bout. On éprouve de la peine à finir un volume de Lingard et de Robertson; on aurait de la peine à ne pas finir un volume de Macaulay.
Voici une narration détachée qui montre fort bien et en abrégé les moyens d'intéresser qu'il emploie, et le grand intérêt qu'il excite. Il s'agit du massacre de Glencoe. Il commence par décrire l'endroit en voyageur qui l'a vu, et le signale aux bandes de touristes et d'amateurs, historiens et antiquaires, qui tous les ans partent de Londres.