—Pour les vendre. »
Le plus jeune avait une sorte de bouton au front: « Un sou, monsieur, pour le petit qui est malade. »
Vallée de Luz. ([Page 178.])
SAINT-SAUVEUR—BARÈGES
I.
Saint-Sauveur est une rue en pente, régulière et jolie, sans rien qui sente l’hôtel improvisé et le décor d’Opéra, n’ayant ni la grossièreté rustique d’un village ni l’élégance salie d’une ville. Les maisons alignent sans monotonie leurs croisées encadrées de marbre brut: à droite, elles s’adossent contre des roches à pic, d’où l’eau suinte; à gauche, elles ont sous leurs pieds le Gave, qui tourne au fond du précipice.
Les thermes sont un portique carré sous un double rang de colonnes, d’un style élevé et simple; les marbres, d’un gris bleuâtre, ni éclatants ni ternes, font plaisir à voir. Une terrasse plantée de tilleuls s’avance au-dessus du Gave et reçoit les brises fraîches qui montent du torrent vers les hauteurs; ces tilleuls répandent dans l’air une odeur délicate et suave. Au-dessous du mur d’appui, l’eau de la source sort en gerbe blanche et tombe entre les têtes des arbres dans une profondeur qu’on n’aperçoit pas.
Au bout du village, les sentiers sinueux d’un jardin anglais descendent jusqu’au Gave; un frêle pont de bois traverse ses eaux d’un bleu terni, et l’on remonte le long d’un champ de millet jusqu’au chemin de Scia. Le flanc de ce chemin s’enfonce à six cents pieds, rayé de ravines; au fond de l’abîme, le Gave se tord dans un corridor de roches que le soleil de midi n’atteint qu’à peine; la pente est si rapide qu’en plusieurs endroits on ne l’aperçoit pas; le précipice est si profond que son mugissement arrive comme un murmure. Le torrent disparaît sous les corniches et bouillonne dans les cavernes; à chaque pas il blanchit d’écume la pierre lisse. Son allure tourmentée, ses soubresauts furieux, ses reflets noirs et livides, donnent l’idée d’un serpent écumant et blessé. Mais le plus étrange spectacle est celui de la muraille de roches qui fait face: la montagne a été fendue perpendiculairement comme par une immense épée, et l’on dirait qu’ensuite des mains acharnées et plus faibles ont mutilé cette première entaille. Du sommet jusqu’au Gave, la roche a la couleur du bois mort écorcé; le prodigieux tronc d’arbre, fendillé et déchiqueté, semble moisir là depuis des siècles; l’eau suinte dans ses déchirures noircies comme dans celles d’un bloc