—De sorte que leur imagination, qui était encore toute bouleversée, s’est transformée à l’instant jusqu’à représenter l’abandon, l’innocence, le trouble touchant d’une jeune fille ?
—Certes.
—Et il y a sept ou huit morceaux par concert ?
—Au moins. Ajoutez que, ces morceaux étant pris dans trois ou quatre pays et dans deux ou trois siècles, il faut que les auditeurs prennent subitement les sentiments si opposés et si nuancés de tous ces siècles et de tous ces pays.
—Et ils étaient entassés sur des banquettes, sous une lumière crue.
—Et dans les entr’actes, les hommes causaient de chemins de fer, les dames, de toilette.
—Je m’y perds. Moi, quand je rêve, j’ai besoin d’être seul, à mon aise, tout au plus avec un ami. Si la musique me touche, c’est dans un petit salon sombre, quand on me joue des airs de même espèce, et qui conviennent à mon état d’esprit. Il ne faut pas qu’on me cause de choses positives. Les songes ne me viennent pas à volonté; ils s’en vont malgré moi. Je vois bien que je suis sur un autre continent, avec une race toute différente. On s’instruit à voyager. »
Un soupçon le prit: « S’ils étaient venus là aussi par pénitence ? Quand ils sortaient, je les ai vus bâiller, et la figure morne.
—N’en croyez rien. C’est qu’ils se contiennent. Sans cela, ils fondraient en larmes et vous sauteraient au cou. »