—Il ne m'appartient pas, Jean-Louis, de juger ta conduite envers Pierre, mais je ne puis m'empêcher de songer avec découragement à cette dernière querelle de famille. Nous nous faisons vieux et Pierre, après tout, est notre fils unique. Tu connais le caractère fier du jeune homme et tu l'as blessé trop profondément pour qu'il revienne sur sa décision. Demain, nous serons sans enfant.
Et la fermière fondit en larmes en songeant au départ de son fils. Et cette fois il y aurait pour empêcher le rapprochement et la réconciliation, l'orgueil d'un homme qui protégerait sa femme envers et contre tous. La figure de cette jeune fille innocente que l'on rendait responsable des fautes de son père apparaissait à la mère de Pierre comme la consolation qui ferait oublier à son fils les douceurs de l'amour maternel et les rigueurs de l'autorité paternelle. La pauvre femme entrevoyait, dans un temps rapproché, les infirmités de la vieillesse et le besoin d'affection que ressentent si naturellement ceux qui s'approchent tous les jours du tombeau.
Le fermier dont la colère ne s'était pas encore apaisée, ne songeait qu'à ce qu'il appelait l'insolence de Pierre, et lorsque sa femme s'approcha de lui en lui disant d'une voix étouffée par les sanglots:
—Plus d'enfant; nous n'avons plus d'enfant Mon Dieu! ayez pitié de nos vieux jours!
Le vieillard répondit d'une voix stridente et saccadée:
—En effet! femme! nous n'avons plus d'enfant. Le Montépel qui s'allie à une Girard est indigne de porter mon nom. Marie, tu as dit vrai, nous n'avons plus d'enfant!
XIV
Séparation
Ô jeunes cœurs remplis d'ivresse!
Vous vous ouvrez gaiement aux fraîches passions!
Mille rêves dorés et mille illusions,
Comme des fleurs au vent vous agitent sans cesse!...
Mon cœur vieillit! ses jours ne seront pas nombreux!
Il a vu son espoir comme une ombre passer!
Il a vu ses désirs, tour à tour, s'effacer!
Et la cendre des ans couvre aujourd'hui ses feux!
(Longfellow, Traduction de L.P. LeMay.)