Coronado était l'un des conquistadores, un des conquérants, compagnons de Cortez, et on lui avait confié le commandement de cette expédition, parce que l'on croyait qu'il était destiné à conquérir un pays aussi riche que le Pérou. Les récits fantaisistes de Vaca et de ses compagnons, et après eux de Marco de Niza, faisaient croire à la découverte d'un véritable Eldorado, où l'on trouverait l'or, l'argent et les pierres précieuses en grande quantité. Les premiers explorateurs avaient abusé du privilège d'exagérer outre mesure tout ce qu'ils avaient vu et rencontré. Ils avaient parlé de montagnes d'opales, de mines de turquoises, de vallées étincelantes de grenats et d'aigues marines, de ruisseaux coulant sur du sable d'argent, de serpents à castagnettes--à sonnettes--d'oiseaux au plumage plus brillant que celui du paon, et d'un désert plus grand et plus terrible que le Sahara.

Les succès merveilleux de Cortez et de Pizarre permettaient aux autorités de croire aux descriptions et aux relations les plus invraisemblables. Aussi fut-ce au son des trompettes et du canon que Coronado partit à la tête de sa vaillante petite armée, après avoir entendu la messe à Notre-Dame de Compostelle. Le vice-roi lui-même, Mendoza, accompagna les troupes durant deux jours de marche, et avant de les quitter, leur fit une exhortation dans laquelle il les engageait à suivre la piste glorieuse des conquistadores, qui avaient fait de si grandes choses pour l'honneur de l'Espagne et de la religion. L'historien de l'expédition, Castenada, nous raconte les merveilleuses choses qu'ils virent et qu'ils rencontrèrent partout. Ils passèrent à des endroits "où la terre résonnait et tremblait comme un tambour et où les cendres et la lave bouillonnaient d'une manière infernale." Ils virent "des rochers magnétiques se joindre ensemble sans raison apparente." Ils souffrirent de "tempêtes de grêle où les grêlons, gros comme des oeufs bosselaient leurs casques et leurs armures, et couvraient la terre d'une épaisseur d'un pied et demi." Ils combattirent et vainquirent "des tribus de géants et des Indiens de toutes sortes, mais ils furent heureux de ne pas rencontrer de cannibales."

On voit que le récit homérique de Castenada fut digne des relations légendaires de Cabesa de Vaca, mais on retrace, parmi toutes ces exagérations, la véritable histoire de l'expédition de Coronado. Il réussit à massacrer les indiens, à répandre la terreur dans le pays, à découvrir de nouvelles contrées et à se rendre jusque sur les bords de la rivière Missouri, longtemps avant que les Français eux-mêmes eussent exploré cette partie du continent; mais il ne trouva ni or, ni argent, ni pierres précieuses. Durant trois ans, les vaillants aventuriers parcoururent des pays inconnus, sans pouvoir découvrir les "montagnes d'opales, les mines de turquoises, les vallées étincelantes de grenats et d'aigues marines et les ruisseaux coulant sur du sable d'argent." Il y avait bien des indications et des traces de tout cela, mais il fallait du travail, de la patience et de la persévérance pour forcer la terre à livrer toutes ces richesses. Mais les soldats espagnols, n'avaient aucune de ces vertus, et ils venaient dans le pays bien décidés à forcer les naturels à répéter l'histoire de Pizarre et de la rançon merveilleuse de l'inca Atahualpa. On peut juger de leur déception et de leur désenchantement. L'expédition de Coronado donna cependant à la couronne d'Espagne un territoire cinq fois plus grand que la superficie de l'Espagne elle-même. Quelques missionnaires franciscains demeurèrent dans le pays, mais furent presque tous massacrés par les Indiens, qui voulaient probablement se venger des cruautés de Coronado et de ses compagnons.

En 1581, le frère Agostino Ruyz fut massacré par les sauvages avec un de ses compagnons dans un village connu sous le nom de Paola. En 1582, Don Antonio de Espejo visita les villes et Pueblos de Zuni, de Acoma, et écrivit une relation fort intéressante de ses voyages. En 1595, le capitaine Juan de Onate fonda une colonie à l'endroit où la rivière Chama se jette dans le Rio Grande, et c'est aussi de cette époque que date la fondation de la Villa Real de Santa Fé--ville royale de la Sainte-Foi. Les Espagnols après s'être emparés du pays, commencèrent immédiatement l'exploitation des mines, en réduisant les naturels à l'esclavage et en les forçant à travailler dans les entrailles de la terre. On trouve un peu partout, dans le Nouveau-Mexique, des traces d'exploitation d'anciennes mines d'or et d'argent.

Les Indiens vaincus par la supériorité des armes de leurs conquérants furent d'abord soumis, mais se révoltèrent ensuite et chassèrent leurs oppresseurs du pays, après avoir tué tous ceux qui tombèrent entre leurs mains. Ceci se passait en 1680. Douze ans plus tard, Diego de Vargas, à la tête d'une nombreuse armée, reconquit le pays et rétablit l'autorité espagnole, mais cette fois à la condition que les Indiens retiendraient leur liberté et ne seraient plus forcés de travailler dans les mines. Depuis cette époque jusqu'en 1821, l'histoire de Santa-Fé et du Nouveau-Mexique ne présente rien de remarquable. La révolution de 1821 chassa les Espagnols du pays, et le Mexique devint une république indépendante. Le Nouveau-Mexique fut occupé par les troupes américaines en 1846, et le pays fut définitivement cédé aux Etats-Unis, par le traité de Guadeloupe-Hidalgo, le 2 février 1848.

J'ai déjà dit que les Indiens du Nouveau-Mexique différaient entièrement des autres sauvages du continent, par leurs coutumes, leurs croyances, leur forme de gouvernement et leur manière de vivre en général, et je traiterai ce sujet en commençant par dire un mot de la ville de Santa-Fé, qui fut autrefois le centre de ces primitives confédérations, comme elle est restée la capitale du Nouveau-Mexique depuis sa fondation, il y a plus de trois cents ans.

IX

PUEBLOS ET PUEBLOANOS