La ville de Santa-Fé est située à une altitude de 7,044 pieds au-dessus du niveau de la mer et est traversée par le Rio Santa Fé, petite rivière que l'on passe à pied sec, généralement, mais qui devient un torrent fort imposant et parfois fort dangereux, à l'époque de la fonte des neiges dans les montagnes environnantes. Santa-Fé a conservé tous les caractéristiques d'une ville espagnole et ne compte guère, aujourd'hui, qu'une population de 10,000 habitants dont les trois-quarts sont d'origine mexicaine. Le saint père Pie IX a érigé Santa-Fé en diocèse comprenant le territoire du Nouveau-Mexique avec les évêchés du Colorado et de l'Arizona comme suffragants; et le premier archevêque, Mgr. J. B. Lamy reçut le pallium, le 16 Juin 1875. Il est assez curieux de constater que l'archevêque et la plupart des prêtres du diocèse, sont français, bien que l'élément français ou d'origine française compte à peine quelques rares représentants en dehors du clergé, dans cette ancienne province espagnole.

A part quelques églises modernes, quelques édifices publics et quelques constructions militaires qui sont de date récente, la ville de Santa-Fé présente aujourd'hui le même aspect qu'elle avait sous le régime autoritaire du vice-roi du Mexique. On y voit la plava mayor où se trouve situé l'ancien palais des gouverneurs, et de longues rangées de maisons construites en adobes, grosses briques de boue cuites au soleil et conservant une couleur terreuse qui donne un aspect triste à toutes ces constructions primitives. La fameuse église de San Miguel, une des plus anciennes du continent américain, existe encore, quoique dans un état assez délabré. On fait remonter sa construction aux premiers jours de la colonie, mais elle fut réduite en cendres lors du soulèvement des pueblos en 1680. Elle fut restaurée lors du retour des Espagnols, et on lit encore aujourd'hui, gravée sur un soliveau, l'inscription suivante, en langue espagnole:

Le Marquis de la Pennela reconstruisit cet
édifice avec son serviteur
Don Augustin Florès Vergara
A. D. 1710

On voit aussi, au-dessus du maître-autel, un vieux tableau de l'Annonciation, noirci par l'âge et portant toutes les marques de la plus haute antiquité. La date inscrite au dos porte le millésime de 1287. Le prêtre qui m'accompagnait ne connaissait pas l'histoire de cette curieuse peinture, mais il m'assura qu'il n'avait aucun doute sur l'authenticité de la date, car son prédécesseur, qui était un vieux moine espagnol fort érudit, lui avait souvent dit qu'il considérait ce tableau comme une des plus anciennes peintures religieuses qu'il y eut au monde. Tout près de l'église de San Miguel, on montre encore aux visiteurs une vieille maison qui faisait partie de la forteresse indienne des pueblos de Analco lorsque les Espagnols s'emparèrent du pays.

Santa-Fé était autrefois, comme elle l'est d'ailleurs encore aujourd'hui, le centre ou la capitale des villages indiens que Vaca, Coronado, Espejo et Onate découvrirent à différentes époques, dans la vallée du Rio Grande. Les Indiens vivaient dans des maisons à deux ou trois étages, construites de pierres ou de briques de boue, rangées en quadrilatères en forme de forteresses, afin de protéger les habitants contre les incursions des tribus des montagnes qui vivaient de brigandages et de déprédations. Les Espagnols donnèrent à ces villages le nom de Pueblos et à leurs habitants celui de Puebloanos. Tels ils vivaient alors, tels ils vivent encore aujourd'hui, cultivant le sol et récoltant le maïs, les légumes et le coton. Ils chassaient aussi le bison, le chevreuil et l'ours, qui abondaient dans les plaines et dans les montagnes environnantes, mais ils s'éloignaient rarement de leurs pueblos par crainte des cruels Apaches et des Navajos, avec qui ils étaient en guerre continuelle. On leur donnait aussi le nom général de Moquis qui signifie chaussures, parce que ces nations connaissaient l'art de tanner et, préparer les cuirs pour s'en faire des chaussures.

Cabeza de Vaca, le premier explorateur, raconte qu'en se dirigeant vers le nord-ouest, il rencontra des peuplades "vivant dans des habitations de grande dimensions, construites de terre, situées sur les bords d'une rivière qui coulait entre deux chaînes de montagnes." Il parle de la bravoure et de la haute stature des hommes qui étaient vêtus de costumes de peaux de bêtes bien préparées, et des femmes qui portaient des vêtements de coton et qui lavaient leurs costumes avec une racine savonneuse qui les nettoyaient bien proprement. Ces sauvages reçurent les blancs avec les plus grandes démonstrations d'amitié et leur rendirent hommage comme aux fils du soleil. Les mères apportaient leurs enfants pour les faire bénir et touchaient humblement les vêtements des étrangers, croyant par là obtenir des faveurs surnaturelles.

Ceci se passait en 1528. Le franciscain Niza, qui vint quelques années plus tard, raconte à peu près les mêmes faits, en les exagérant et en affirmant que les Indiens possédaient des vases d'or et d'argent en plus grande abondance que les Incas du. Pérou.

"Suivant toujours l'inspiration du Saint-Esprit, j'arrivai au haut d'une montagne où, avec l'aide des Indiens, je construisis une pyramide de pierres, pour y placer une croix, symbole de la foi et de la conquête. Ces peuples devinrent alors l'héritage de Dieu et de l'Espagne et je donnai à la nouvelle province le nom de El Nuevo-Regno de San Francisco--Nouveau Royaume de Saint-François."