Je ne veux pas quitter le Nouveau-Mexique sans dire un mot de son désert, que les Espagnols avaient nommé la jornada del Muerto --le voyage de la mort--parce que ceux qui l'entreprenaient y laissaient généralement leurs os. Ce désert est situé au sud, près de la frontière mexicaine et occupe une zone de terre longue de cent milles, sur une largeur variant de cinq à trente-cinq milles. C'est un plateau aride, absolument sans eau et sans végétation, habité par les terribles Apaches, qui ont donné tant de mal au gouvernement américain, depuis quelques années. Il y souffle généralement un vent du sud ouest qui rappelle le terrible simoun du Sahara, et que les Espagnols appelaient la solana, en mémoire des vents brûlants de la Manche et de l'Andalousie.

Les redoutables Apaches trouvaient là un refuge assuré contre les poursuites de leurs ennemis jusqu'à l'époque de la construction du Southern Pacific Railway, qui longe le désert en se dirigeant vers l'ouest. Le sifflet strident de la première locomotive a été le signal de la défaite pour les sauvages, car les troupes peuvent maintenant se transporter si promptement sur toute la longueur du désert, qu'il est facile d'en surveiller tous les points à la fois. Les Apaches ont donc enterré la hache de guerre, et la paix règne aujourd'hui sur tout le territoire du Nouveau-Mexique.

Retournons maintenant sur nos pas pour reprendre, à Pueblo, la route de Salida, de Gunnison, de Grand Junction et de Salt Lake City.

XIII

ENCORE LES "PENITENTES"--DE PUEBLO
A "SALT LAKE CITY".


Avant d'aller plus loin et de quitter définitivement le Nouveau-Mexique pour suivre mon itinéraire vers le nord-ouest, je traduis textuellement la dépêche suivante que j'emprunte au Denver Times du 7 avril, lundi de Pâques, 1890.

Fort Garland, Colorado, 7 avril.--Jeudi et vendredi de la semaine sainte, ont eu lieu, ici, parmi les Mexicains, les cérémonies habituelles de la confrérie des Penitentes. Pendant ces deux jours, ces pauvres illuminés ont fait pénitence en s'infligeant les traitements les plus barbares et les plus douloureux. On en voyait qui se flagellaient jusqu'au sang, avec des épines de cactus, d'autres qui portaient des croix énormes, et d'autres enfin qui suivaient la procession, littéralement chargés de chaînes. Et cela, en dépit de la défense la plus formelle des autorités religieuses. On doit dire cependant que la confrérie des Penitentes se recrute parmi la classe la plus ignorante du pays.