J'ai déjà dit que les médecins étaient unanimes à recommander le séjour du Colorado pour toutes les personnes qui souffraient de maladies des poumons et des voies respiratoires; je dois ajouter que j'ai été témoin de guérisons nombreuses dues sans aucun doute à un climat sec et tempéré, à une atmosphère pure et à la légèreté et à la raréfaction de l'air. Il ne faut pas, naturellement, attendre les dernières phases de la phthisie, lorsque la maladie est devenue absolument incurable, pour se diriger vers le Colorado et y mourir loin des siens, au milieu de l'indifférence des étrangers. C'est malheureusement ce qui arrive trop souvent. Mais il est hors de doute qu'un séjour, même temporaire, apporte toujours un soulagement certain et une guérison très probable, à ceux qui peuvent faire le voyage à temps et dans les conditions voulues. Je sais, par expérience, que le climat offre une cure certaine pour l'asthme, car j'ai trouvé au Colorado un soulagement que j'avais en vain cherché dans le midi de la France, en Italie et en Algérie. Mais je le répète encore, il s'agit de ne pas attendre trop tard pour s'y rendre et de ne pas revenir trop tôt lorsqu'on s'y trouve bien.

XIX

LE "COWBOY" AU COLORADO--LE DRESSAGE
DES CHEVAUX SAUVAGES.


Ma relation de voyage était terminée et j'allais donner le "bon à tirer" à mon imprimeur, lorsqu'un de mes amis qui avait lu mon manuscrit et qui paraissait s'être intéressé à mon récit, me dit:

--Mais tu ne nous dis pas un mot des cowboys. Il me semble que c'est de rigueur, dans le récit d'un voyage au Colorado.

--Mon cher ami, les cowboys sont en train de disparaître des plaines du Colorado, comme ils ont déjà disparu des plaines du Kansas. Les chemins de fer, l'immigration, les canaux d'irrigation et la charrue du cultivateur sont en train de les chasser au-delà des premières chaînes des Montagnes-Rocheuses. Je raconterai bien ce que je sais de ces caractères exotiques, mais je n'ai pas l'intention de rééditer les histoires plus ou moins fantaisistes que l'on a déjà publiées au sujet de la vie aventureuse du bouvier des plaines de l'Ouest. Buffalo Bill et sa troupe ont vulgarisé, en les accentuant légèrement, tous les détails de la vie ordinaire du Wild West, de "l'Ouest sauvage." J'ai cependant visité les vastes ranches où l'on s'occupe tout particulièrement de l'élevage et du dressage des chevaux, et j'y ai recueilli quelques détails que je crois inédits, et qui présentent un côté assez pittoresque de la vie des plaines.

Le cowboy, de toute nécessité, doit être bon cavalier et doit pouvoir non seulement monter, mais dompter les chevaux les plus sauvages. Il peut ensuite devenir bouvier et s'engager pour conduire les troupeaux.