Elle se leva, s’alla jeter sur le canapé rouge, se plongea la tête dans les haillons qui couvraient le sein de sa mère, et y pleura. La vieille reçut sa fille sans sortir de son immobilité, sans lui rien témoigner. La mère possédait au plus haut degré cette gravité des peuplades sauvages, cette impassibilité de la statuaire sur laquelle échoue l’observation. Aimait-elle, n’aimait-elle pas sa fille? Nulle réponse. Sous ce masque couvaient tous les sentiments humains, les bons et les mauvais, et l’on pouvait tout attendre de cette créature. Son regard allait lentement des beaux cheveux de sa fille, qui la couvraient comme d’une mantille, à la figure d’Henri, qu’elle observait avec une inexprimable curiosité. Elle semblait se demander par quel sortilége il était là, par quel caprice la nature avait fait un homme si séduisant.

—Ces femmes se moquent de moi! se dit Henri.

En ce moment, Paquita leva la tête, jeta sur lui un de ces regards qui vont jusqu’à l’âme et la brûlent. Elle lui parut si belle, qu’il se jura de posséder ce trésor de beauté.

—Ma Paquita, sois à moi!

—Tu veux me tuer? dit-elle peureuse, palpitante, inquiète, mais ramenée à lui par une force inexplicable.

—Te tuer, moi! dit-il en souriant.

Paquita jeta un cri d’effroi, dit un mot à la vieille, qui prit d’autorité la main de Henri, celle de sa fille, les regarda long-temps, les leur rendit en hochant la tête d’une façon horriblement significative.

—Sois à moi ce soir, à l’instant, suis-moi, ne me quitte pas, je le veux, Paquita! m’aimes-tu? viens!

En un moment, il lui dit mille paroles insensées avec la rapidité d’un torrent qui bondit entre des rochers, et répète le même son, sous mille formes différentes.

—C’est la même voix! dit Paquita mélancoliquement, sans que de Marsay pût l’entendre, et... la même ardeur, ajouta-t-elle.