—Silence! reprit Paquita. Si j’obtiens ma grâce, ce sera peut-être à cause de ma discrétion.
—Donne-moi ma robe, dit insidieusement Henri.
—Non, non, répondit-elle vivement, reste ce que tu es, un de ces anges qu’on m’avait appris à haïr, et dans lesquels je ne voyais que des monstres, tandis que vous êtes ce qu’il y a de plus beau sous le ciel, dit-elle en caressant les cheveux d’Henri. Tu ignores à quel point je suis idiote? je n’ai rien appris. Depuis l’âge de douze ans, je suis enfermée sans avoir vu personne. Je ne sais ni lire ni écrire, je ne parle que l’anglais et l’espagnol.
—Comment se fait-il donc que tu reçoives des lettres de Londres?
—Mes lettres! tiens, les voici! dit-elle en allant prendre quelques papiers dans un long vase du Japon.
Elle tendit à de Marsay des lettres où le jeune homme vit avec surprise des figures bizarres semblables à celles des rébus, tracées avec du sang, et qui exprimaient des phrases pleines de passion.
—Mais, s’écria-t-il en admirant ces hiéroglyphes créés par une habile jalousie, tu es sous la puissance d’un infernal génie?
—Infernal, répéta-t-elle.
—Mais comment donc as-tu pu sortir.....
—Ha! dit-elle, de là vient ma perte. J’ai mis dona Concha entre la peur d’une mort immédiate et une colère à venir. J’avais une curiosité de démon, je voulais rompre ce cercle d’airain que l’on avait décrit entre la création et moi, je voulais voir ce que c’était que des jeunes gens, car je ne connais d’hommes que le marquis et Christemio. Notre cocher et le valet qui nous accompagne sont des vieillards...