—Appartenir! répéta-t-elle. Ne m’as-tu pas prise? Quand nous l’aurons pris, il nous appartiendra.
Il se mit à rire.
—Pauvre innocente! tu ne sais rien des choses de ce monde.
—Non, mais voilà ce que je sais, s’écria-t-elle en attirant Henri sur elle.
Au moment même où de Marsay oubliait tout, et concevait le désir de s’approprier à jamais cette créature, il reçut au milieu de sa joie un coup de poignard qui traversa de part en part son cœur mortifié pour la première fois. Paquita, qui l’avait enlevé vigoureusement en l’air comme pour le contempler, s’était écriée:—Oh! Mariquita!
—Mariquita! cria le jeune homme en rugissant, je sais maintenant tout ce dont je voulais encore douter.
Il sauta sur le meuble où était renfermé le long poignard. Heureusement pour elle et pour lui, l’armoire était fermée. Sa rage s’accrut de cet obstacle; mais il recouvra sa tranquillité, alla prendre sa cravate et s’avança vers elle d’un air si férocement significatif, que, sans connaître de quel crime elle était coupable, Paquita comprit néanmoins qu’il s’agissait pour elle de mourir. Alors elle s’élança d’un seul bond au bout de la chambre pour éviter le nœud fatal que de Marsay voulait lui passer autour du cou. Il y eut un combat. De part et d’autre la souplesse, l’agilité, la vigueur furent égales. Pour finir la lutte, Paquita jeta dans les jambes de son amant un coussin qui le fit tomber, et profita du répit que lui laissa cet avantage pour pousser la détente du ressort auquel répondait un avertissement. Le mulâtre arriva brusquement. En un clin d’œil Christemio sauta sur de Marsay, le terrassa, lui mit le pied sur la poitrine, le talon tourné vers la gorge. De Marsay comprit que s’il se débattait il était à l’instant écrasé sur un seul signe de Paquita.
—Pourquoi voulais-tu me tuer, mon amour? lui dit-elle.
De Marsay ne répondit pas.
—En quoi t’ai-je déplu? lui dit-elle. Parle, expliquons-nous.