—Pas du tout, reprit le valet de chambre à voix basse, c’est, au contraire, madame qui... enfin vous comprenez. Quel temps aurait donc monsieur pour aller en ville, lui qui depuis cinq ans n’a pas couché une seule fois hors de la chambre de madame; qui descend à son cabinet à dix heures, et n’en sort qu’à midi pour déjeuner! Enfin sa vie est connue, elle est régulière, au lieu que madame file presque tous les jours, à trois heures, on ne sait où.

—Et monsieur aussi, dit la femme de chambre en prenant le parti de sa maîtresse.

—Mais il va à la Bourse, monsieur. Voilà pourtant trois fois que je l’avertis qu’il est servi, reprit le valet de chambre après une pause, et c’est comme si l’on parlait à un terne.

Monsieur Jules entra.

—Où est madame? demanda-t-il.

—Madame va se coucher, elle a la migraine, répondit la femme de chambre en prenant un air important.

Monsieur Jules dit alors avec beaucoup de sang-froid en s’adressant à ses gens:—Vous pouvez desservir, je vais tenir compagnie à madame.

Et il rentra chez sa femme qu’il trouva pleurant, mais étouffant ses sanglots dans son mouchoir.

—Pourquoi pleurez-vous? lui dit Jules. Vous n’avez à attendre de moi ni violences ni reproches. Pourquoi me vengerais-je? Si vous n’avez pas été fidèle à mon amour, c’est que vous n’en étiez pas digne...

—Pas digne! Ces mots répétés s’entendirent à travers les sanglots, et l’accent avec lequel ils furent prononcés eût attendri tout autre homme que Jules.