—Allons, encore un peu de courage, ma Clémence, gardons le fatal secret jusqu’au bout. Ce n’est pas un homme ordinaire que Jules; mais cependant savons-nous si son grand caractère et son extrême amour ne détermineraient pas une sorte de mésestime pour la fille d’un...

—Oh! s’écria Clémence, vous avez lu dans le cœur de votre enfant, je n’ai pas d’autre peur, ajouta-t-elle d’un ton déchirant. C’est une pensée qui me glace. Mais, mon père, songez que je lui ai promis la vérité dans deux heures.

—Eh! bien, ma fille, dis-lui qu’il aille à l’ambassade de Portugal, voir le comte de Funcal, ton père, j’y serai.

—Et monsieur de Maulincour qui lui a parlé de Ferragus? Mon Dieu, mon père, tromper, tromper, quel supplice!

—A qui le dis-tu? Mais encore quelques jours, et il n’existera pas un homme qui puisse me démentir. D’ailleurs, monsieur de Maulincour doit être hors d’état de se souvenir... Voyons, folle, sèche tes larmes, et songe...

En ce moment, un cri terrible retentit dans la chambre où était monsieur Jules Desmarets.

—Ma fille, ma pauvre fille!

Cette clameur passa par la légère ouverture pratiquée au-dessus de l’armoire, et frappa de terreur Ferragus et madame Jules.

—Va voir ce que c’est, Clémence.

Clémence descendit avec rapidité le petit escalier, trouva toute grande ouverte la porte de l’appartement de madame Gruget, entendit les cris qui retentissaient dans l’étage supérieur, monta l’escalier, vint, attirée par le bruit des sanglots, jusque dans la chambre fatale, où, avant d’entrer, ces mots parvinrent à son oreille:—C’est vous, monsieur, avec vos imaginations, qui êtes cause de sa mort.