Ne touchez pas à la hache, répondit Montriveau d’un son de voix où il y avait de la menace.

—En vérité, monsieur le marquis, dit la duchesse de Langeais, vous regardez mon cou d’un air si mélodramatique en répétant cette vieille histoire, connue de tous ceux qui vont à Londres, qu’il me semble vous voir une hache à la main.

Ces derniers mots furent prononcés en riant, quoiqu’une sueur froide eût saisi la duchesse.

—Mais cette histoire est, par circonstance, très-neuve, répondit-il.

—Comment cela? je vous prie, de grâce, en quoi?

—En ce que, madame, vous avez touché à la hache, lui dit Montriveau à voix basse.

—Quelle ravissante prophétie! reprit-elle en souriant avec une grâce affectée. Et quand doit tomber ma tête?

—Je ne souhaite pas de voir tomber votre jolie tête, madame. Je crains seulement pour vous quelque grand malheur. Si l’on vous tondait, ne regretteriez-vous pas ces cheveux si mignonnement blonds, et dont vous tirez si bien parti....

—Mais il est des personnes auxquelles les femmes aiment à faire de ces sacrifices, et souvent même à des hommes qui ne savent pas leur faire crédit d’un mouvement d’humeur.

—D’accord. Eh! bien, si tout à coup, par un procédé chimique, un plaisant vous enlevait votre beauté, vous mettait à cent ans, quand vous n’en avez pour nous que dix-huit?