La réplique de M. Dorlange fut très digne.
—A ceux, répondit-il, qui pourraient avoir la pensée de m’interroger sur ce détail de ma vie privée, je ne souhaite qu’une chose: c’est de n’avoir pas dans la leur un plus mauvais souvenir. Si déjà durant notre trajet du collége ici, je n’avais pas assommé madame d’une interminable histoire, je vous conterais, monsieur le comte, celle de ma belle Italienne, et vous verriez que sa présence chez moi ne doit rien me faire perdre de l’estime que jusqu’ici vous avez bien voulu me témoigner.
—Mais, repartit M. de l’Estorade se radoucissant tout à coup en apprenant que notre longue course s’était employée à raconter des histoires, vous prenez mon observation bien au tragique! Moi-même, je vous le disais tout à l’heure: qu’un artiste ait chez lui un beau modèle, il n’y a rien là que de très naturel, mais ce n’est pas un meuble à l’usage de messieurs les hommes politiques.
—Ce qui paraît être mieux à leur usage, reprit avec une certaine animation M. Dorlange, c’est le parti que l’on peut tirer d’une calomnie acceptée avec un mauvais empressement et avant toute vérification. Du reste, loin de craindre une explication sur le sujet dont vous m’entretenez, je la désire, et le ministère me rendrait grand service en chargeant cet agent si merveilleusement habile, qu’il a placé sur mon chemin, de soulever devant les électeurs cette délicate question.
—Enfin, vous partez demain? demanda M. de l’Estorade, voyant qu’il s’était engagé dans une voie où, au lieu de ménager de la confusion à M. Dorlange, il lui avait au contraire fourni l’occasion de répondre avec une certaine hauteur de ton et de paroles.
—Oui, et d’assez bonne heure, en sorte que je vais avoir l’honneur de prendre congé de vous, car j’ai encore quelques préparatifs à terminer.
Là-dessus M. Dorlange se leva, et après m’avoir adressé un salut assez cérémonieux, sans donner la main à M. de l’Estorade qui, de son côté, ne la lui tendit pas, il sortit de l’appartement.
Pour éviter une explication qui entre nous était inévitable:—Ah çà! qu’avait donc Armand? demanda M. de l’Estorade.
—Ce qu’avait Armand importe peu, répondis-je, et vous vous en êtes douté en me voyant revenir sans lui, et ne pas témoigner la moindre émotion. Mais ce qui serait plus intéressant à savoir, c’est ce que vous-même avez ce soir, car jamais je ne vous vis si à contre-temps, si aigre et si désobligeant.
—Quoi! parce que j’ai dit à un candidat ridicule qu’il devait prendre le deuil de sa députation?