—Ici, monsieur, dit le magistrat devenant rogue et narquois pour répondre à l’orgueil du poëte, moi seul ai le droit de poser des questions.

—J’avais le droit de ne pas répondre, dit en murmurant le pauvre Lucien à qui son intelligence était revenue dans toute sa netteté.

—Greffier, lisez au prévenu son interrogatoire...

—Je redeviens un prévenu! se dit Lucien.

Pendant que le commis lisait, Lucien prit une résolution qui l’obligeait à caresser monsieur Camusot. Quand le murmure de la voix de Coquart cessa, le poëte eut le tressaillement d’un homme qui dort pendant un bruit auquel ses organes se sont accoutumés et qu’alors le silence surprend.

—Vous avez à signer le procès-verbal de votre interrogatoire, dit le juge.

—Et me mettez-vous en liberté? demanda Lucien devenant ironique à son tour.

—Pas encore, répondit Camusot; mais demain, après votre confrontation avec Jacques Collin, vous serez sans doute libre. La Justice doit savoir maintenant si vous êtes ou non complice des crimes que peut avoir commis cet individu depuis son évasion, qui date de 1820. Néanmoins, vous n’êtes plus au secret. Je vais écrire au directeur de vous mettre dans la meilleure chambre de la pistole.

—Y trouverai-je ce qu’il faut pour écrire...

—On vous y fournira tout ce que vous demanderez, j’en ferai donner l’ordre par l’huissier qui va vous reconduire.