—Mais c’est une magie, mademoiselle! Il n’y a que vous au monde pour surprendre ainsi les gens. Comment, venir toute seule? disait madame du Gua.
—Toute seule, répéta mademoiselle de Verneuil; ainsi, madame, vous n’aurez que moi, ce soir, à tuer.
—Soyez indulgente, reprit madame du Gua. Je ne puis vous exprimer combien j’éprouve de plaisir à vous revoir. Vraiment j’étais accablée par le souvenir de mes torts envers vous, et je cherchais une occasion qui me permît de les réparer.
—Quant à vos torts, madame, je vous pardonne facilement ceux que vous avez eus envers moi; mais j’ai sur le cœur la mort des Bleus que vous avez assassinés. Je pourrais peut-être encore me plaindre de la roideur de votre correspondance... Hé! bien, j’excuse tout, grâce au service que vous m’avez rendu.
Madame du Gua perdit contenance en se sentant presser la main par sa belle rivale qui lui souriait avec une grâce insultante. Le marquis était resté immobile, mais en ce moment il saisit fortement le bras du comte.
—Vous m’avez indignement trompé, lui dit-il, et vous avez compromis jusqu’à mon honneur; je ne suis pas un Géronte de comédie, et il me faut votre vie ou vous aurez la mienne.
—Marquis, reprit le comte avec hauteur, je suis prêt à vous donner toutes les explications que vous désirerez.
Et ils se dirigèrent vers la pièce voisine. Les personnes les moins initiées au secret de cette scène commençaient à en comprendre l’intérêt, en sorte que quand les violons donnèrent le signal de la danse, personne ne bougea.
—Mademoiselle, quel service assez important ai-je donc eu l’honneur de vous rendre, pour mériter... reprit madame du Gua en se pinçant les lèvres avec une sorte de rage.
—Madame, ne m’avez-vous pas éclairée sur le vrai caractère du marquis de Montauran. Avec quelle impassibilité cet homme affreux me laissait périr, je vous l’abandonne bien volontiers.